Fermer la publicité

In memoriam…

le 23 mars 2017 - Laurent ODOUARD - Editos-Billets

L'attaque de mercredi à Londres, qui, selon Mark Rowley, chef de la police, porte la marque du « terrorisme islamiste », a ravivé des souvenirs douloureux de l'autre côté de la Manche, que ce soit en France ou en Belgique.

L’odieux acte perpétré à Westminster renvoie aux trois attentats-suicides à la bombe du 22 mars 2016 à Bruxelles, qui ont ôté la vie à 32 innocents. De la capitale belge à son homologue britannique, un an s’est écoulé. Jour pour jour. Un triste anniversaire qui rappelle cette propension, pour ne pas dire cette appétence de l’être humain à commémorer.
L’année 2017 ne fera pas exception à la règle, servant d’écrin à une activité mémorielle de forte densité. Aux anniversaires (mère Teresa et Barbara disparues en 1997, l’Abbé Pierre et Rostropovitch en 2007, Maria Callas en 1977, Dalida en 1987…) s’ajoute la célébration d’événements historiques (150 ans de la naissance du Canada moderne, 60 ans de la bataille d’Alger, le centenaire de la révolution russe…). L’un semble dominer l’ensemble : le traité de Rome, instituant, le 25 mars 1957, la Communauté économique européenne, et par extension véritable acte de naissance de l’Union européenne. Ce traité, dont on célèbrera le soixantième anniversaire, a été élargi en 1973 au Royaume-Uni notamment. Les faits sont têtus. Et se collisionnent parfois. Nonobstant l’attaque de Londres, le Premier ministre britannique, Theresa May, a confirmé sa décision d’invoquer, le 29 mars, l’article 50 du traité de Lisbonne, démarche qui déclenchera de facto le processus du Brexit. Rappelons que l’un des arguments majeurs avancés par les propagandistes de la cause européenne met en avant la paix assurée sur le vieux continent. Une paix entre nations, certes. Une paix fragile cependant à l’aune des attentats qui ébranlent un peu plus des citoyens que l’avenir de l’Europe inquiète moins que leur devenir domestique.
A Lyon, deux commémorations d’envergure émailleront les prochaines semaines. La ville rendra hommage à Edouard Herriot, son maire pendant 52 ans (1905-1957), disparu il y a six décennies. Cet agrégé de Lettres, successeur de Victor Augagneur qui voulait juste en faire un « intérimaire », a, en profondeur, posé son empreinte sur la capitale des Gaules. Celui que le philosophe Alain qualifiait de « puissant par le suffrage populaire, par l’éloquence et par l’espoir des foules », a laissé sa trace en refusant d’attribuer les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Non en votant contre, à l’instar de 80 parlementaires, mais en s’abstenant. Cette période trouble fait le lien avec la seconde commémoration, celle des 30 ans du procès de Klaus Barbie. Le 11 mai 1987, s’ouvrait dans la salle des pas perdus du palais des 24 colonnes, redimensionnée pour l’occasion en vaste prétoire, le procès de l’ancien chef de la Gestapo. Le premier du genre en France pour crime contre l’humanité. Le 4 juillet 1987, le squalide « boucher de Lyon » était reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour le procureur général honoraire Jean-Olivier Viout, l’un des protagonistes du procès, il ne s’agit pas de commémorer « pour le plaisir de commémorer ». Il s’agit « de faire passer un message à la jeunesse ». Il est vrai qu’avec le temps, la mémoire défaille…



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide