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David Kimelfeld : « La métropole de Lyon, solidaire et innovante »

le 10 janvier 2017 - Julien THIBERT - Grand témoin

David Kimelfeld : « La métropole de Lyon, solidaire et innovante »
Céline Vautey

Le vice-président en charge de l'économie à la Métropole de Lyon a répondu à nos questions. Ses propos sur l'avenir de Lyon et son agglomération, ses positions sur la capacité de ce territoire à rayonner à l'échelon européen et son avis tranché sur les prochaines échéances électorales laissent pourtant penser que David Kimelfeld a pris de nouvelles résolutions pour cette année… 2020.

Quels sont les grands dossiers (en cours ou programmés) qui vont marquer la métropole en matière de politique publique en 2017 ?


Le déclassement de l’A6/A7, est un élément fort parmi nos programmes même si pour l’année 2017, rien ne sera encore visible mais cela reste marqueur fort de l’aménagement de la Métropole pour les années qui viennent. L’enjeu étant de transformer cette entrée de ville en un lieu dédié aux piétons, aux modes doux, avec une intensité moindre des flux de voitures.
L’autre grand programme, celui-ci bien visible, est Le Grand Hôtel Dieu avec un lancement des premières activités début 2018 voire fin 2017. Les travaux vont donc s’y intensifier, je pense à la Cité de la gastronomie. C’est un lieu emblématique qui reprend vie. Par ricochet, le quartier Grôlée se redynamise avec l’arrivée de nouveaux projets. Ce qui coupe court aux polémiques autour de la concurrence de l’Hôtel Dieu car au contraire il semble bien que celui-ci ait engendré le redéploiement d’activité sur Grôlée.

Vous parlez d’un effet de décloisonnement ?


Nous sommes dans une zone de proximité, dans laquelle on a tendance à cloisonner les quartiers mais c’est un même tenant, en l’occurrence la Presqu’île. D’ailleurs nous lançons le Plan Presqu’île qui part de la place de la Comédie jusqu’à la rue Victor Hugo avec une entame des travaux en différents lieux qui n’avaient pas été rénovés depuis près de quarante ans.

Un point sur le quartier Part Dieu en 2017 ?
Il y a deux chantiers essentiels : la rénovation et l’agrandissement de la gare ainsi que la rénovation du centre commercial à l’automne 2017. Soit 320 millions d’investissements privés. C’est un point important en termes de création d’emploi.
A noter que l’arrêté du plan local d’urbanisme et de l’habitat pris à la fin du premier trimestre est un temps important pour envisager de nouveaux projets en réservant du foncier pour le développement de l’activité économique.


Justement vous avez lancé récemment le Programme de développement économique pour 2016-2021, avec un marqueur fort en direction de l'emploi. Quel était le constat initial en la matière et quels objectifs vous-êtes vous fixés ?

L’enjeu majeur est lié à la prise de compétence insertion. L’objectif pour la Métropole est de faire le lien entre le développement des entreprises et celui du monde de l’insertion. Pour cela nous lançons plusieurs dispositifs : l’intégration des allocataires du RSA au centre d’apprentissage de Veolia ; un projet d’insertion des jeunes en difficulté avec la Fondation EDF et l’Ecole de la deuxième chance. Nous allons initier aussi une opération avec Enerdis et l’installation de compteurs électriques en formant les actifs précaires. Nous avons aussi l’idée de créer un grand forum pour que les entreprises et les structures d’insertion se rencontrent et échangent sur les opportunités de marché.

Le développement économique est une compétence partagée par de nombreuses collectivités territoriales. Qui fait quoi dans un département composé d'un Conseil départemental, d'un Conseil métropolitain, d'un Conseil régional et de communes ? Y-a-t-il des démarches de concertation engagées entre ces différents échelons pour planifier un développement cohérent ?

Nous travaillons, en particulier, en collaboration avec la Région sur l’insertion. Nos réflexions portent sur une réadaptation des formations existantes au regard des besoins des allocataires RSA.

On parle beaucoup d'intelligence économique au niveau des grandes agglomérations, qu'en est-il pour Lyon et la métropole et comment appréhendez-vous cette démarche stratégique ?

Notre programme économique s’est construit autour de cette démarche. Au-delà des filières historiques : sciences du vivant, numérique et cleantech,  nous avons ciblé deux nouvelles filières d’excellence : la sécurité et l’assurance. Avec un terreau d’entreprises actives sur notre territoire.
Nous possédons une direction de la prospective, qui complète la veille stratégique effectuée par l’Opale et les Chambres consulaires.
En cela, la Métropole de Lyon s’inscrit en tant qu’ensemblier, réunissant les acteurs économiques autour de la table. Il faut remettre la collectivité à sa place. Ce sont d’abord les entreprises qui ont créé ces emplois.

Quel constat faites-vous de la santé des entreprises métropolitaines ?

Nous avons réalisé un état des lieux sur l’accompagnement des PME. Trois constats : la faible internationalisation des entreprises, leur difficulté à rencontrer le monde la recherche même avec les pôles de compétitivité et une faiblesse de leur part à recruter des profils selon des besoins des filières. La Métropole compte agir autour de ce triptyque.

De quelle manière ?

L’ enjeu est fort autour de l’Idex. Je suis plus optimiste qu’avant car je note une volonté des établissements de formation à s’associer à ces Initiatives d’excellence. Le dynamisme du secteur de la formation est de nature à renforcer l’attractivité de la métropole : en pérennisant la présence des établissements de formation et des entreprises sur le même territoire.
Un point de vigilance toutefois : Lyon et sa métropole font face à l’émergence d’autres métropoles européennes et doivent garder une longueur d’avance sur leur attractivité. Des programmes comme celui de l’Hôtel Dieu sont justement des éléments forts d’attractivité des entreprises. Au sein même du fonctionnement de la Métropole nous devons penser à nous remettre en question.

C’est à dire ?

A l’image de Londres, la Métropole lyonnaise doit initier une réflexion autour d’une meilleure mutualisation entre l’Office de Tourisme, l’Aderly et OnlyLyon. Nos structures ne s’ignorent pas mais nous devons franchir une étape supplémentaire en matière de synergie. Il faut renforcer la notoriété de notre agglomération.

Vous placez ainsi l’attractivité de la Métropole à l’échelon européen ?

Il ne faut pas pêcher par prétention. Mais il est clair que nous ne sommes pas directement en concurrence avec d’autres métropoles françaises. Pour autant il ne faut pas se reposer sur nos lauriers et penser que celles-ci ne font rien. Pour autant nous regardons à l’échelon supérieur tout en restant vigilant.  La force de la métropole c’est de pouvoir concentrer les grandes compétences –urbaine et économique-  en restant un territoire de proximité, notamment avec notre politique sur l’insertion. Il est tout à fait possible de vivre dans un territoire à la fois attractif et inclusif.

Un exemple ?

A propos des smart grids, la ville intelligente doit être accessible à tous. Nous agissons en faveur du développement d’applications qui permettent de répondre à des besoins exprimés par des personnes en difficulté. Le projet Hublot testé avec Veolia permet de détecter en temps réel des fuites dans le réseau d’eau.  C’est bien sûr une innovation mais elle permet aussi de réduire potentiellement une facture d’eau élevée pour les ménages les plus précaires.

Exergue « La question sur la solidarité entre métropole et nouveau Rhône est un débat d’élus »

L’usage du marketing territorial reste une tendance lourde pour les collectivités et de fait leur essor économique. Comment s’article le marketing territorial de la Métropole ? Quels sont les axes que vous développez ? Faut-il une identité de territoire ?

La ville, l’agglomération,  la région portent des valeurs fortes d’humanisme et nous ne pouvons pas l’ignorer. Si la métropole veut rester attractive elle doit rester équilibrée. On ne peut pas seulement rayonner avec des innovations technologiques, des espaces publics bien aménagés ou une offre culturelle étoffée. La métropole doit l’être aussi par sa mixité. Le quartier Lyon Confluence en est un exemple probant.

L’équilibre est aussi territorial, la métropole a englobé des commues rurales, du moins périphériques, comment se passe cette intégration et n’y a t-il pas d’effets pervers d’hyper concentration autour du pôle urbain ?

On sent bien une préoccupation des communes périphériques. Nous avons intégré en ce sens dans notre programme économique des problématiques autour de l’agriculture périurbaine ou des circuits courts qui ne figuraient pas auparavant dans nos réflexions.
Après, il y a la relation au territoire autour de la métropole.  Elle ne phagocyte en rien les habitants et les entreprises au détriment des espaces périphériques.
Si Boiron a quitté Saint-Foy-Lès-Lyon pour Tarare, c’est bien sûr pour un foncier moins cher mais aussi parce que l’A89 facilite les liens entre ce territoire et la métropole. Même constat pour Blédinat, parti de Villefranche-sur-Saône pour Limonest. On peut se demander si ces grands groupes seraient restés dans la région si la métropole n’était pas si attractive. Je pense que la question sur la solidarité entre métropole et nouveau Rhône est un débat d’élus. La population dépasse ces clivages par sa mobilité naturelle et quotidienne.

Un point sur les finances publiques et votre politique d’investissement ?

Dans un contexte de baisse des dotations de l’Etat, la Métropole a fait le choix de maintenir une hausse des ses investissements sur le mandat. Au niveau de la PPI nous sommes à 4 milliards d’euros, ce qui génère des économies sur le budget de fonctionnement.

Que vous inspirent la perspective de la Présidentielle et les premiers programmes économiques dévoilés par les candidats ?

Ce qui me frappe pour l’instant, c’est qu’aucun d’entre eux n’évoque le fait urbain en tant que moteur de l’économie des territoires. On a une concentration du PIB et de la population dans les villes et les métropoles mais il me semble n’avoir entendu aucun propos ne reconnaissant la fonction des métropoles : créatrices d’emplois, attractives pour les entreprises et capables de mobiliser les investissements. On a l’impression que les candidats s’adressent à une France qui est la même que dans les années 1990-2000 comme si les métropoles n’existaient pas. Par ailleurs, je n’entends presque rien sur l’Europe. Seul Emmanuel Macron évoque ces deux points, bien qu’il lui faille encore les développer précisément.

Julien Thibert



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