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Pierre du Peloux : L'activité économique régionale en demi-teinte en 2016

le 18 février 2017 - Severine RENARD - Grand témoin - article lu 5 fois

Pierre du Peloux a succédé à François Gaudichet, en mai 2013, à la direction régionale de la Banque de France. Ce Lyonnais d'origine était ravi de retrouver une région où il n'avait jamais exercé. C'est donc sur ses terres que Pierre du Peloux, âgé de 64 ans, terminera son parcours professionnel. Ses expériences lui permettent de porter un regard affûté sur l'économie régionale. Européen convaincu, il rappelle également la réussite de l'union monétaire à l'heure où les critiques sur l'Union Européenne sont de plus en plus vives.

Ses dates clés
2013 Nommé directeur régional Rhône-Alpes de la Banque de France
1997 Quitte Paris après 20 ans pour diriger une Banque de France en région
1993 Année des 40 ans et du 7e enfant
1989 Rejoint le service Inspection de la COB (devenue AMF)

 

Quel est le bilan économique 2016 pour les entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes ?
Dans l’ensemble, le bilan est plutôt mitigé. L’activité des entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes a progressé l’an dernier, mais moins vite qu’en 2015. Les performances sont contrastées avec une activité globalement décevante dans le secteur industriel, la poursuite d’une belle dynamique dans les services aux entreprises et un net redressement dans le secteur de la construction.

Quelle est la situation précise par secteur d’activités ?
Il y a une vraie déception dans l’industrie avec un chiffre d’affaires en progression de seulement 1 %, notamment en raison de la relative faiblesse de la métallurgie/produits métalliques ou encore de la chimie. En 2015, le chiffre d’affaires était en croissance de 2,3 % et les industriels anticipaient une hausse de leur chiffre d’affaires de 2,9 % pour 2016. C’est donc une contre-performance.
La meilleure nouvelle vient sans doute du secteur du BTP. Après plusieurs années de grande difficulté et encore un retrait de 3,1 % du chiffre d’affaires en 2015, ce secteur a repris des couleurs et a enregistré une progression globale de chiffre d’affaires de 1,9 %. L’activité dans le gros œuvre profite de la bonne dynamique des mises en chantier de logements qui sont en hausse de 6,8 % dans la région. Même les travaux publics connaissent une reprise avec une croissance d’activité de 0,9 %. Un indicateur encourageant après, là aussi, des années de baisse d’activité. C’est une vraie bonne surprise car les acteurs du BTP ne se montraient pas particulièrement optimistes pour leur activité 2016. Ils tablaient tout juste sur un retour à l’équilibre.
Les secteurs les plus dynamiques restent les services aux entreprises avec une évolution de chiffre d’affaires de + 4,1 %, identique à 2015. Le transport et l’ingénierie, sont particulièrement porteurs avec respectivement + 7,5 % et + 6,1 %. L’informatique enregistre également de bons résultats.
Pour la première fois, nous nous sommes intéressés au segment de l’hôtellerie/restauration sur lequel nous avons pu constater un bon courant d’affaires (+ 4,3 %).

La région, généralement performante à l’export, n’enregistre pas de bons résultats dans ce domaine. Comment l’expliquez-vous ?
Oui, les exportations ont été moins dynamiques avec un chiffre d’affaires export qui s’affiche en recul de 0,9 % l’an dernier. Auvergne-Rhône-Alpes est pourtant la deuxième région exportatrice de France, après l’Ile-de-France, et exporte essentiellement dans la zone euro. Nous espérions un niveau d’exportations plus soutenu. Les industriels prévoyaient, par exemple, un bond de 3,7 % de leur activité à l’export en 2016. Ces prévisions optimistes ne se sont pas concrétisées. La baisse de l’euro n’a donc pas suffi à stimuler les exportations. L’explication est peut-être dans un manque de compétitivité des entreprises françaises.

Est-ce que l’emploi repart ?
Non, il n’est pas encore possible d’affirmer que l’emploi repart même si certaines données laissent espérer une légère amélioration. En 2016, les effectifs ont peu bougé. Nous ne constatons pas de mouvement important. Dans l’industrie, il y a une petite progression et les services recrutent plus largement pour faire face à leurs besoins.
Ce qu’il faut surtout retenir, c’est le recours plus soutenu à l’intérim. C’est généralement un signe précurseur d’une reprise plus globale des recrutements. Les entreprises font d’abord appel à du personnel intérimaire pour adapter leurs effectifs à leurs besoins et recrutent ensuite quand la tendance positive se confirme.

Existe-t-il de fortes disparités entre les départements ?
Lyon et sa métropole connaissent une dynamique bien supérieure et font office de locomotive. Les départements de Savoie et de Haute-Savoie se portent également bien. En revanche, des territoires comme l’Allier, l’Ardèche, la Loire connaissent de façon régulière une situation plus compliquée.

Les investissements ont-ils été conséquents ?
Les investissements ont été moins importants que ce qu’avaient pu annoncer, ou du moins espérer, les chefs d’entreprise. Les dirigeants font preuve de volontarisme, veulent aller de l’avant, développer leur entreprise et sont généralement toujours enclins à investir. Mais les incertitudes l’ont emporté et les règles fiscales changeantes ont, une nouvelle fois, incité à faire preuve de prudence.

Les banques jouent-elles le jeu en accordant des crédits ?
Ca fait longtemps qu’il n’y a plus de problème de restrictions de crédit. Il subsiste parfois quelques difficultés pour les très petites entreprises et il s’agit plus souvent d’une difficulté à présenter son dossier à son banquier que d’un problème sur le fond. Les encours de crédit aux entreprises régionales avoisinent 100 Md€.

De nouvelles formes de financement se développent-elles ?
Il est beaucoup question du crowdfunding, mais ce phénomène reste marginal dans nos données même s’il prend de l’ampleur. D’autres sources de financement se développent. Je pense au Groupe Seb qui a financé en partie une acquisition par l’émission d’obligations remboursables en numéraire ou en actions existantes.
Je constate également que les entreprises, y compris les petites entreprises, ont de plus en plus recours au factoring. Des acteurs bancaires se positionnent sur ce marché et peuvent notamment se spécialiser sur les petits montants. Quant à la Bourse, bon nombre d’entreprises de la région ont le potentiel pour s’y introduire, mais la Bourse fait encore peur. Et même si on affirme que les exigences pour l’introduction ont baissé, les contraintes restent élevées pour beaucoup d’entreprises.

Le contexte international peut-il impacter l’activité des entreprises régionales ?
Certains signaux des Etats-Unis sont un peu préoccupants. L’administration américaine veut faire de la dérégulation financière. Ca me paraît invraisemblable et ça m’inquiète. Des efforts considérables ont été faits pour développer un système plus solide après la crise de 2007-2008. Ces efforts ont porté leurs fruits et permis des progrès indéniables. Il ne faudrait pas faire machine arrière. Le protectionnisme prôné par Donald Trump pose aussi question. Restreindre l’accès au marché américain serait bien sûr une mauvaise nouvelle, mais il faut relativiser car l’essentiel de nos exportations se fait en zone euro. Ce signe de repli est tout de même inquiétant.

Et la situation en Europe, avec le Brexit notamment, que vous inspire-t-elle ?
Avec le Brexit, le pire est sans doute pour les Anglais. Mais le Brexit crée de nouveaux eurosceptiques et ce n’est pas positif. La majorité des chefs d’entreprise ne veut pas sortir de l’euro. Nous venons de fêter le 25e anniversaire du Traité de Maastricht. Je pense que l’union monétaire a été une réussite. L’euro a permis la stabilité des prix et des taux d’intérêt bas. En ce qui concerne l’union économique, des progrès sont encore à faire. Les avancées ne sont pas suffisantes. Il faut parler moins et agir plus dans ce domaine.

Si on se projette, à quoi peut-on s’attendre cette année ?
Malgré les incertitudes politiques et économiques, la croissance mondiale devrait rester autour de 3,3 % et celle de la zone euro stable à environ 1,7 %. La croissance française devrait se situer à 1,3 %.

Du côté des chefs d’entreprise, comment perçoivent-ils 2017 ?
En règle générale, les chefs d’entreprise sont optimistes. Ils le sont encore plus pour 2017. Tous s’attendent à des progressions de chiffre d’affaires et d’exportations.

Perspectives 2017 des entreprises régionales
D’après les résultats de son enquête, réalisé au mois de décembre 2016 auprès d’un échantillon de près de 4 500 entreprises et établissements de la région, la Banque de France Auvergne-Rhône-Alpes prévoit un bon niveau d’activité cette année. Ainsi, la progression des chiffres d’affaires prévue dans l’industrie repartirait à la hausse (+ 3,1 %) sous l’effet de la reprise des exportations en croissance de 4,7 %. La bonne dynamique des services se poursuivrait (+ 3,1 %) et les entreprises du secteur de la construction confirmeraient le redressement observé en 2016 à + 2,8 %. En lien avec ces projections positives des chiffres d’affaires, les rentabilités resteraient bien orientées dans l’industrie, les services et la construction. Les effectifs s’apprécieraient dans les trois grands secteurs étudiés. A noter la volonté des chefs d’entreprise de transformer des emplois temporaires en recrutements stables. Côté investissements, les résultats en demi-teinte de 2016 devraient s’améliorer. Après seulement + 0,5 % en 2016, les investissements dans l’industrie devraient retrouver des niveaux plus satisfaisants grâce au regain d’activité escompté et aux conditions de financements toujours favorables.



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