Fermer la publicité

Laurent de la Clergerie, LDLC, Le visionnaire

le - - Grand témoin

Laurent de la Clergerie, LDLC, Le visionnaire
©Céline Vautey - Laurent de La Clergerie

Atypique. Le sourire en coin. Ses phrases, toutes ponctuées d'un éclat de rire, sonnent avec les mots justes. Choisis. A 47 ans, Laurent de la Clergerie est devenu un patron emblématique à Lyon, sans pour autant se montrer dans les soirées mondaines. Celui qui produit mille idées à la fois laisse les relations publiques à son frère, Olivier, directeur général, pour, désormais, se consacrer à trois missions : porter LDLC.com au milliard d'euros de chiffres d'affaires, former les entrepreneurs du numérique de demain dans son école LDLC et détecter les projets innovants pour investir. Et surtout continuer de s'amuser.

Imaginiez-vous devenir une ETI et atteindre le milliard d'euros de chiffre d'affaires quand vous avez créé LDLC.com en 1996 ?

Quand j'ai créé l'entreprise, elle n'était pas destinée au e-commerce. J'ai monté une structure pour vendre un logiciel destiné à l'industrie des bus et des cars, une entreprise dans laquelle travaillait mon père. Ils l'ont utilisé, pendant deux ans. Mais l'entreprise n'a jamais payé pour cela. Alors mon père a arrêté d'utiliser ce logiciel, car il estimait que tout travail mérite salaire. J'ai continué de développer des logiciels, je sortais tout juste de ma formation d'ingénieur informatique et de l'armée. Et en même temps, je vendais un peu de matériel. Ma première facture a d'ailleurs été impayée. Ca partait mal ! J'ai toujours voulu créer mon entreprise. Dans une rédaction en 5ème, j'avais écrit que je voulais avoir ma propre société. Le prof m'avait dit que la route serait longue. Pas tant que cela finalement… J'ai commencé seul, sans business plan, sans ambition, dans mon appartement. Quand le site de vente de matériels a été en ligne quelques mois après la création de la société, ma sœur Caroline est venue me donner un coup de main.

Quand avez-vous perçu que le marché était là ?

A l'époque, au lancement du site web, j'avais très peu de commandes. Remettons-nous dans le contexte de l'époque : le e-commerce était balbutiant. J'avais une commande par jour, puis deux, puis quatre. Même si le chiffre d'affaires grimpait faiblement, la progression était constante et surtout très importante, sans action marketing ou commerciale spécifique.

Quelles ont ensuite été les premières étapes marquantes de LDLC.com ?

Le rachat d'un petit site web, hardware.fr, m'a permis de bénéficier de son trafic et de son implantation auprès des passionnés d'informatique. En quelques mois, les ventes sur LDLC.com ont explosé. L'entreprise résulte d'une succession d'événements comme celui-ci. Quelques années plus tard, le fondateur de hardware me présente Saïd Saad qui lance le comparateur de prix Monsieur Prix, un concurrent du géant Kelkoo. Nous nous tapons dans la main pour notre deal : je prends 40 % de son capital et je lui offre des locaux et du matériel. L'entreprise sera revendue en 2003 à Kelkoo.

Vous semblez fonctionner au feeling dans les affaires…

Par opportunité. J'ai de la chance. Mais surtout, je sais la saisir quand elle passe. Si l'on revient sur Monsieur Prix, j'avais accès à ses donner et je savais où les internautes cliquaient. Une mine d'informations pour placer mes prix sur les bons produits. Saïd Saad avait très vite compris que le référencement Google devait être travaillé et que c'était le meilleur. Nous avons misé sur celui-ci pour créer du trafic. Nous avons compris le référencement Google avant tout le monde. Autre exemple, aujourd'hui utilisé par toutes les marques mais que LDLC a mis en œuvre parmi les premières : les fans Facebook. La marque en compte près d'un million. Les jeux concours augmentent le nombre de fans mais ce qui propulse les chiffres, c'est d'ajouter 1 000 ou 1 500 € de publicité en même temps que le jeu concours. Je n'invente rien. J'ai juste besoin d'être alimenté en idées. Je répète souvent que même si je dis non à une idée, ce n'est pas pour cela qu'il faut arrêter de m'en parler. Car en écoutant toutes les idées, il y en aura d'autres qui sortiront.

Vous évoquez un mode start-up pour LDLC.com. Est-ce toujours possible depuis que vous êtes 300, 500 et bientôt 900 personnes ?

Ca ne fonctionne pas sur tout et c'est désespérant. Quand j'ai démarré, je pouvais mettre en œuvre une idée que j'avais eu à 20h pour le lendemain matin 8h. Aujourd'hui, il faut 4 mois… Pour coder quelque chose, je sais que le temps nécessaire n'excède pas 4 heures alors qu'il faut désormais une semaine. C'est frustrant. Mais l'essentiel est de conserver un état d'esprit start-up, de motiver les collaborateurs et de leur donner envie de travailler. Plus une entreprise grandit, plus les process changent. Alors il faut apprendre la résilience. Aujourd'hui, je me concentre sur ce qui est important. Je suis exigent et je mets la pression sur les chantiers essentiels.

Craignez-vous l'agilité des start-ups qui se créent ?

L'innovation est un sujet qui peut amener des craintes. Quand je me replace 20 ans en arrière, nous estimions tous que Microsoft était indétrônable. On pense également que Google ou Facebook resteront leaders. C'est faux et la concurrence viendra probablement d'une petite start-up. Alors il faut être en veille car les technologies bougent à toute vitesse et on peut rapidement se faire dépasser. LDLC.com n'est pas à l'abri de voir une start-up venir disrupter son marché.

Où comptez-vous porter LDLC.com ?

Au milliard d'euros d'ici à 2019 avec une répartition équivalente entre nos trois canaux de distribution que sont le commerce traditionnel, le web et la commercialisation aux professionnels. Or, aujourd'hui, notre chiffre d'affaires est de l'ordre de 60 M€, 300 M€ et 120 M€, respectivement, pour ces trois segments. C'est donc de la partie retail que nous attendons le plus, avec l'ambition de s'appuyer sur un maillage de 100 points de vente dans les quatre ans. Cet objectif est une étape. Pas une limite.


Pourquoi ce changement de stratégie ?

La première boutique LDLC ouverte à Lyon Vaise en 1998 fonctionne toujours, même si elle a déménagé. Or, nous constatons que le chiffre d'affaires le plus important en e-commerce provient de Lyon. Le e-commerce ne sera jamais le seul canal d'achat. Mieux, les boutiques physiques dopent l'activité e-commerce. En restant un acteur unique du e-commerce, je me prive d'une partie de la clientèle qui est rassurée de se déplacer en magasin. Notre stratégie est donc aussi d'aller chercher ce marché traditionnel. Et ça fonctionne plutôt bien.

Quelles sont vos motivations aujourd'hui ?

Je sais développer LDLC.com. Je suis entrée dans une routine… Mes récréations aujourd'hui sont l'école LDLC et l'innovation. J'investis à titre personnel dans des start-ups à potentiel sur des sujets divers : le vin en cannette, des meubles, la réalité augmentée ou une pharmacie en ligne. Je suis désormais identifié par les porteurs de projets comme investisseur. Ils sont nombreux à me contacter mais je ne peux pas m'impliquer partout. Alors nous réfléchissons à la création d'un fond d'investissement par LDLC.com.

Parlez-nous de l'école LDLC.

Le projet a germé dans mon esprit en 2005 mais l'entreprise a connu de grosses difficultés suite à la défaillance d'un logiciel de gestion de commandes sur notre nouvelle base logistique de Saint-Quentin-Fallavier. Nous avons perdu beaucoup d'argent et l'entreprise a failli couler. Alors le projet de l'école a été mis en stand by mais ne m'a pas quitté. Quand j'ai eu à nouveau les moyens financiers de lancer l'école, j'ai souhaité m'inscrire dans un modèle qui réinvente le système. Mon objectif est de produire mes clones qui s'acheminent vers les mêmes histoires entrepreneuriales que moi. Je veux créer des entrepreneurs. S'ils n'ont pas d'idées, j'en aurai pour eux. Mais déjà, j'ai identifié les élèves capables de se lancer. L'école ouvrira d'ailleurs prochainement son incubateur pour les accompagner dans leurs projets entrepreneuriaux. Pour ce qui est du contenu du programme, il s'oriente autour de travaux dirigés, de rencontres de professionnels, de cas concrets, de projets. Les élèves ne sont pas notés. Je souhaite qu'ils soient intéressés et passionnés par ce qu'on leur apprend. J'ai imaginé l'école dans laquelle j'aurais aimé étudier. Durant ma dernière année d'école d'ingénieur, j'ai dû passer 10 % de mon temps à l'école car ce qu'on me racontait ne m'intéressait pas. Or, on ne retient que ce qui nous passionne. Cet état d'esprit a guidé la création de l'école LDLC.

Cette école est une sacrée responsabilité pour vous. Des familles vous font confiance.
C'est vrai. C'est un pari pour les étudiants mais, lors des premières années, les parents pensaient que c'était moins pire que la fac. Alors nous avons eu quelques élèves qui n'étaient pris dans aucun établissement. Ils ont été sélectionnés tout de même pour leur potentiel entrepreneurial. Aujourd'hui, des élèves avec mention au bac candidatent.

Apprend-on à être entrepreneur ?

J'ai beaucoup lu sur le sujet avant d'entreprendre car je ne possédais pas vraiment les « caractéristiques » du chef d'entreprise. Je n'ai pas fait d'école de commerce, ni suivi de formation continue sur le sujet mais j'ai beaucoup joué aux jeux de stratégie quand j'étais jeune. Et puis on apprend de ses échecs. Avec le temps, on apprend à s'imposer. Quand je présente un projet, il ne vient jamais de nul part. Il a été pensé, réfléchi et travaillé. Contrairement aux apparences, je ne pars pas dans tous les sens. Prenons simplement l'exemple des boutiques. Quand j'ai présenté l'idée à mes collaborateurs, on m'a dit que c'était une mauvaise idée…

Dates

1970 Naissance
1996 Création de LDLC.com
1998 Ouverture de la première boutique à Lyon Vaise
2000 Entrée en Bourse
2014 Ouverture de l'Ecole LDLC




Stéphanie POLETTE
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Hebdomadaire régional à dominante économique

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide