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Présidentielles : Des programmes économiques entre ruptures et réformes

le 18 avril 2017 - Julien Thibert - Politique

Présidentielles : Des programmes économiques entre ruptures et réformes
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A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, la rédaction dresse un état des lieux, non exhaustif, des programmes économiques des cinq « grands » candidats, c'est à dire ceux que les instituts de sondages créditent d'au moins 10 % d'intention de vote au soir du 23 avril.

« Ces dernières décennies, tous les Présidents de la République ont été contraints de réorienter leur action en s’éloignant de leur programme initial ». Voici comment le Centre d’observation économique et de recherche pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises (Coe Rexecode) introduit sa récente analyse sur les programmes économiques des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle.

Deux candidats portent chacun un programme de rupture. Et bien que leur vision politique soit opposée, on y décèle certains points communs. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon prônent l’abrogation de la loi Travail, la revalorisation des revenus des fonctionnaires ou encore prévoient la sortie des traités européens avec notamment la fin de la directive européenne sur les travailleurs détachés. Sans compter leur volonté de séparer les banques de détail et les banques d’affaires et de sortir du commandement intégré de l’OTAN.

Les trois autres candidats proposent des programmes réformistes avec des tonalités différentes en matière de rigueur. Benoît Hamon a maintenu sa mesure phare : le revenu universel d’existence, réservé aux personnes qui gagnent jusqu'à 2 800 € euros bruts et qui coûterait 35 Md€. Pour le financer il compte récupérer en particulier 10 Md€ des 40 au total alloués aux entreprises via le CICE. Il souhaite par ailleurs taxer le profit des banques à hauteur de 5 Md€.

Il défend par ailleurs un smic réévalué ou encore une taxe sur les robots. Emmanuel Macron souhaite, quant à lui, respecter les 3 % de déficit sur une hypothèse de croissance de 1,4 % en 2017 et 1,8 % en 2018. Pour ramener le taux de chômage à 7 %, il prévoit 60 Md€ d'économies sur 5 ans avec par exemple la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. François Fillon prône le choc de compétitivité immédiat en voulant faire baisser le chômage à 7 % et porter la croissance à 2 % à la fin du quinquennat. Son programme prévoit une baisse forfaitaire des charges salariales de 350€ et par salarié, donc de 700 € pour un couple. Pour ramener les finances publiques à l'équilibre, pour réduire l'endettement, il souhaite augmenter le seul taux normal de TVA et réduire le nombre de fonctionnaires de 500 000.

Temps de tr​avail

Rappelons que la durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine depuis 2002. Des dispositifs existants permettent de contourner cette durée légale, et il est admis que les Français travaillent en moyenne 39 heures. Les heures supplémentaires défiscalisées sur l’ère Sarkozy ont été supprimées par Fran¬çois Hollande en 2012. Si Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon militent pour une réduction du temps de travail, Marine Le Pen (qui souhaite aussi la défiscalisation des heures supplémen¬taires) se prononce pour son maintien. FrançoisFillon veut quant à lui supprimer les 35 heures en laissant chaque entreprise décider de son temps de travail par la négociation. Avec une durée de référence hebdomadaire de 39 h. Emmanuel Macron souhaite quant à lui un assouplissement de cette durée légale, sans mentionner une base hebdomadaire, en favorisant aussi les accords d’entreprise pour définir les conditions de travail (outre la durée légale, le salaire minimum et l’égalité professionnelle).

Fiscalité des entreprises

Marine Le Pen milite pour la baisse de l’impôt sur les sociétés pour les PME et TPE, à 24 % contre 33 %. La candidate souhaite aussi un CICE transformé en allègement direct de charges patronales et conditionné au maintien de l’emploi. Elle promet aussi une taxe additionnelle pour toute embauche de salariés étrangers. François Fillon propose un nouvel allège¬ment de charges sociales et d’impôt à hauteur de 25 Md€ et la transformation du CICE en baisse de charge équi¬valente et durable. Il pré¬voit aussi une réduction du taux d’impôt sur la fortune jusqu’à 25 % en 2022. Pour Emmanuel Macron, c’est zéro charges pour le SMIC en remplacement du CICE.

C’est aussi la suppression des charges sur les micro entre¬prises la première année et la possibilité chaque année pour les artisans et commer¬çants d’opter ou non pour le statut d’auto entrepreneur. Benoît Hamon prévoit la création d’une contribution sociale sur les robots sauf pour les entreprises dont la robotisation s’accompagne d’une hausse d’effectif. Il souhaite aussi l’instauration d’une taxe sur les bénéfices détournés par les multinationales. Jean Luc-Mélenchon propose l’établissement de l’égalité devant l’impôt sur les sociétés des PME et grands groupes et d’un barème progressif pour l’impôt sur les sociétés.

Les cotisations sociales, souvent appelées de manière impropre charges sociales, sont des prélèvements sur la valeur ajoutée, ou excédent brut d'exploitation, assis sur les salaires. Les cotisations font partie de la répartition opérée sur la richesse nationale créée au cours de l'année. Elles servent à financer la sécurité sociale et les retraites. Elles sont versées à la fois par l'employeur et par les travailleurs.

TVA

François Fillon a récemment confirmé sa volonté d’aug¬menter la TVA à taux normal de deux points, soit 22 %. En revanche, il ne touche pas au taux intermédiaire de 10 %. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont quant à eux pour le maintien des taux ac¬tuels. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon proposent une réduction de la TVA pour certains produits. Recette fis¬cale la plus importante de France, la TVA fixée à 20 % se décline aussi avec deux taux réduits à 10 et 5,5 % et un taux super-réduit à 2,1 %.

Montant des retraites

Classiquement, les pensions de retraite sont revalorisées tous les ans à partir d'un calcul basé sur les prévisions d'inflation. Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon proposent tous les trois une augmentation du montant des petites re¬traites. Quant à Emmanuel Macron, il envisage le main¬tien des taux actuels tandis que Benoît Hamon déclare vouloir revaloriser des minima sociaux de 10 % (dont le minimum vieillesse) ainsi que les petites et moyennes pensions. Le candidat PS propose également de revenir à l’indexation des pensions sur les prévisions d’inflation
plutôt que sur la hausse des prix constatée au cours des douze derniers mois.

Contrats de travail

François Fillon veut réfor¬mer le compte pénibilité et le contrat de travail, acter la fin des emplois aidés (sauf pour les personnes handi¬capées). Marine Le Pen s’engage à réformer le compte pénibilité retraite. Emmanuel Macron souhaiter autoriser le versement d’allocations chô¬mage aux salariés qui démis¬sionnent et que le régime d’indemnisation du chô¬mage perde son caractère assurantiel de protection contre le risque chômage, au profit d’une fluidification des ruptures de contrat. Jean-Luc Mélenchon réaffirme que le CDI reste la norme du contrat de travail. Le recours à l’intérim ou aux CDD sera encadré : un quota maximal d’intérimaires et de CDD à 5 % des effectifs dans les grandes entreprises sera ins¬tauré et à 10 % dans les PME.

Benoît Hamon, au-delà du droit à la déconnexion ou de la création d’un revenu universel, ne propose pas de réelles mesures sur les contrats de travail, à l’instar d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen.
Allocations chômage

François Fillon intègre dans son programme la dégres¬sivité des allocations, tout comme Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, mais le candidat LR précise le fait de rendre obligatoire la motivation du refus d’un emploi et inflige une sanc¬tion dès le deuxième refus insuffisamment motivé. Pour Emmanuel Macron, l’assu¬rance chômage intègre des ouvertures de droits à l’indemnisation chômage pour les salariés démissionnaires, la suspension des alloca¬tions chômage en cas d’in¬suffisance des recherches d’emploi. Et aussi, la généra¬lisation du droit à l’assurance chômage à tous. Dans son programme, Marine Le Pen, qui a déclaré qu’il ne fallait pas baisser l’as¬surance chômage, précise seulement que les recettes de la taxe sur le recrutement d'étrangers serviront à l’indemnisation des chômeurs français.



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