Fermer la publicité

Ambronay défricheur

le 03 octobre 2016 - Antonio MAFRA - Musique

Ambronay défricheur
© Bertrand Pichène - Jean Rondeau, un claveciniste de classe mondiale

Le festival de musique baroque révèle deux pépites oubliées, une version pour deux clavecins des sonates en trio de Bach et un oratorio de Bassani.

Le festival d’Ambronay a réuni Jean Rondeau, le nouveau « patron » du clavecin français, Thomas Dunford, le théorbe que se disputent les meilleurs ensembles baroques et Leonardo Garcia Alarcon, claveciniste et chef d’orchestre, pour un concert exceptionnel. Au programme, les six sonates en trio BWV 525-530 de Bach. Un monument du répertoire pour orgue revisité dans une version pour deux clavecins et basse, inédite jusqu’à aujourd’hui. Une heure de musique éclairée comme des vitraux caressés par des assauts de lumière. Dans les entrelacs de leurs instruments, la  délicatesses des enchaînements, la variété des inflexions et parfois le caractère dansant de certains passages, les trois virtuoses font palpiter un Bach aux couleurs italiennes, avec des réminiscences de fandango. Espérons que le festival rebondira sur cette soirée historique pour graver ces sonates.
Autre découverte, le lendemain, avec Giona, un oratorio à 5 voix de Giovanni Battista Bassani. L’histoire de Jonas, avalé par un gros poisson pour avoir désobéi aux injonctions divines constitue la trame de cette œuvre inédite, saturée de beaux airs. Malheureusement, l’interprétation de Pierre-Louis Retat et de son ensemble Chiome d’Oro n’a pas tenu ses promesses, notamment sur le plan vocal. Dans le rôle-titre le contre-ténor Maximiliano Baños manque de puissance et de virtuosité.  Reste une œuvre passionnante de bout en bout qui mérite qu’un chef et une équipe plus aguerris s’en emparent.
Dernière découverte, du moins pour une grande majorité du public d’Ambronay, le Stabat Mater de Pergolèse revisité par Bach qui remplace le texte initial par le Psaume 51. S’il n’y avait la langue allemande, une oreille distraite pourrait confondre la copie et l’original. Du moins à l’écoute de la soprano Céline Scheen qui lorgne vers l’Italie alors que Stéphane Guillon, contre-ténor habitué du répertoire du Kantor de Leipzig, suit une ligne plus germanique. A la tête de son Banque Céleste, il n’en donne pas moins une belle interprétation après avoir fait chavirer les mélomanes dans une interprétation lumineuse du Nisi dominus de Vivaldi.

Luis Fernando Pérez, l’étoile du piano espagnol


Avec son cheval de bataille, les « Goyescas » de Granados, précédé de pièces de Chopin et de Debussy, Luis Fernando Perez ouvre la saison de Piano à Lyon. Symbole de la vitalité du clavier espagnol, avec une hypersensibilité toute en retenue, l’élégant Madrilène donne le rythme, la couleur, les brûlures, l’ardeur et la passion aux partitions qu’il interprète.

Salle Rameau, 14 octobre
www.pianoalyon.com


Zhu Xiao-Mei joue les Variations Golberg


Zhu Xiao-Meioccupe une place à part dans le monde musical. Née à Shanghai dans une famille d'intellectuels, elle a connu les geôles de Mao pendant la Révolution culturelle. Les cinq ans passés dans un camp de travail en Mongolie ont brisé sa jeunesse, pas sa volonté. A la faveur d’un relâchement des conditions de détention, elle fait rapatrier un piano sur lequel elle s’entraîne en cachette puis fait croire à ses gardiens qu’elle joue de la musique populaire. Aujourd'hui apaisée dans un pays (la France), où elle a trouvé le réconfort et le succès, la virtuose a pardonné. Ce sentiment de sérénité devrait transpirer dans son interprétation des Variations Goldberg de Bach.


Salle Molière, 12 octobre

www.fortissimo-musiques.com



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide