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Beauté mouvante de la photographie à la galerie Le Réverbère

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Beauté mouvante de la photographie à la galerie Le Réverbère
Serge Clément - Vorace, Montréal, Québec, 2010

Pour le second volet de son exposition collective, "Notre beauté fixe", la galerie Le Réverbère a réuni neuf artistes maison. Après le délicat hommage à Denis Roche cet automne, qui consistait à demander à quatorze photographes de « répondre » aux œuvres de l'artiste disparu en 2015, voici que l'une des plus anciennes galeries photo lyonnaise expose des images inédites de certains de ses fidèles.

Telle Arièle Bonzon, la mascotte de la galerie, qui y a réalisé sa première expo et construit l'identité visuelle de l'endroit, il y a 35 ans, à ses débuts. Elle présente ici la série Intérieur, de grands formats de pièces désertes, où reste sensible la présence humaine, seulement éclairés en clair-obscur, rémanence d'une intimité disparue, qui serait comme « une métaphore magique de l'invention photographique » précise-t-elle dans le cartel.

Une série de la maturité montrant le chemin parcouru par cette artiste singulière et surprenante. Trois clichés de Pierre de Fenoÿl sont installés juste à côté, telle une figure tutélaire, un miroir ancien de la photographie des années 70, images qui se questionnent déjà elles-mêmes. Tout autre mais tout aussi étonnant est le travail de Emmanuelle Fructus, collectrice et collectionneuse de clichés anonymes et vernaculaires.

Cette ancienne élève de Jacques Damez, qui anime la galerie parisienne de tirages anonymes "Un livre-Une image", découpe patiemment des petits personnages dont la hauteur ne doit pas excéder 6,5 cm et les assemble en séries de cinq, elles mêmes réunies dans de très grands cadres formant triptyque pour cet accrochage.

Le résultat est assez saisissant par son caractère obsessionnel (un an de travail a été nécessaire à sa réalisation, de la collecte à l'assemblage en passant par le découpage des 2729 figures) mais aussi par sa qualité graphique, qui fait passer l'observateur de la ligne à la figure, de l'abstrait au concret, du trivial au poétique. Une poésie minuscule qui s'exprime aussi dans les œuvres de Philippe Pétremant, MMM, variation minimale sur le navigation, de petits bateaux voguant au milieu d'un magma noir, au milieu de nulle part, comme une métaphore du monde.

Autre métaphore plus prosaïque mais tout aussi efficace, la série bien nommée Lieux communs de Lionel Fourneaux, images désincarnées d'intérieurs aseptisés flanquées d'un dialogue anodin, petites chroniques ironiques d'un quotidien invisible. À l'image des photographies drolatiques de Rip Hopkins, mises en scène incongrues de portraits « royaux » qui détournent les codes du genre pour mieux leur tordre le cou, interrogeant ainsi le médium et ses usages.

Comme il le fait depuis toujours, laissant affleurer un humour qui pourrait être celui de son pays natal combiné à celui du pays dans lequel il vit, la Belgique.

Tout comme Arièle Bonzon, il est un symbole de l'état d'esprit qui anime la galerie Le Réverbère, simplement résumé dans cette phrase de Catherine Dérioz et Jacques Damez « La photographie n’est pas en soi un art, seuls ceux qui s’en emparent peuvent en faire une beauté fixe ».

Galerie Le Réverbère-38 Rue Burdeau, 69001 Lyon-Du 20 janvier au 29 avril 2017, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.

http://www.galerielereverbere.com

Le Réverbère, 35 ans déjà

C'était en 1981. Niché « dans une librairie, rendez-vous des cinéphiles et des amoureux de la photographie, deux passionnés aménagent un lieu d'exposition pour la photo contemporaine » écrit Nelly Gabriel dans l'ouvrage paru à l'occasion des 25 ans de la galerie, en 2006. 2016, le Réverbère qui a déménagé depuis (en 1989) sur les pentes de la Croix-Rousse est toujours là, fidèle au poste d'un certain goût pour la photographie d'art, tête chercheuse de talents à découvrir.

Il faut dire que Catherine Dérioz et Jacques Damez n'ont pas ménagé leur peine et que leurs choix esthétiques, au fil des années ont de quoi faire des envieux. De William Klein à Denis Roche en passant par Delphine Balley et Yves Rozet, toutes sont devenues des pointures. Les nouvelles recrues ne sont pas en reste, telle Emmanuelle Fructus, l'une de leurs dernières découvertes.

Il faut dire que, la passion chevillée au corps, ils ont tenu bon dans les moments difficiles et continuent de « plastiquer ce débat éculé entre l’art contemporain et la photographie ».




Gallia VALETTE-PILENKO
Journaliste

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