Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Blandine Peillon. "Le dirigeant d'aujourd'hui est un aventurier"

le - - Grand témoin

Le regard bleu acier et le sourire rivé aux lèvres, Blandine Peillon s'est donné une règle : être toujours disponible pour les bonnes volontés. La dirigeante de Jours de printemps, une entreprise de services aux entreprises installée à Lyon, consacre 30 % de son temps à la vie économique locale, aux porteurs de projets qui comptent donner du sens à leur vie professionnelle et au bien-être d'enfants du bout du monde. Les notions de bienveillance et d'humilité prennent ton leur sens au contact de cette dirigeante soucieuse de rendre le monde meilleur.

Vous dirigez des entreprises depuis plusieurs années. Quels changements avez-vous noté dans le monde des affaires ces 10 ou 20 dernières années ?
L’environnement général des affaires a changé mais je constate que c’est mieux maintenant. Je considère que les entrepreneurs, dans les PME notamment, affichent une véritable responsabilité sociétale et un engagement réel envers leurs collaborateurs de façon globale, c’est-à-dire en s’inquiétant de leur famille, de leur santé… L’entrepreneur d’aujourd’hui est plus collaboratif. Il tient à valoriser son entreprise au travers d’un projet qui rassemble. Il casse l’image du patron. Je n’utilise d’ailleurs jamais ce terme de patron. Je préfère parler du dirigeant, qui correspond davantage à cette notion d’aventurier qui arrive à faire adhérer son environnement dans son ensemble à son projet d’entreprise.

Le collaboratif est-il la notion clé pour vous ?
On n’y arrivera pas tout seul. Le dirigeant apporte une vision qui doit arriver jusqu’au bout de la chaîne et à la production effective. Le collaboratif est essentiel pour mener à bien un  projet d’entreprise.

Quelles sont les qualités d’un bon dirigeant ?
L’empathie, tout d’abord, pour ses clients, ses collaborateurs. Il doit savoir se mettre à la place de l’autre. L’opportunisme, ensuite, dans le bon sens du terme, pour savoir rebondir sur les bonnes opportunités et prendre les bonnes idées autour de lui.

Vous passez 30 % de votre temps en dehors de votre entreprise. Pourquoi ?
Effectivement. C’est d’ailleurs une des premières informations que je donne à mes nouveaux collaborateurs. Je les préviens que je participe à la vie économique de mon territoire, j’apporte ma contribution à différents événements, j’aide des primo-entrepreneurs, je collabore à de nouveaux projets, je discute avec des porteurs de projets, j’ouvre mon carnet d’adresses. Surtout, je m’enrichis de ces rencontres, en recevant des personnes qui ne sont pas forcément de mon milieu. Mon objectif est de revenir avec des idées nouvelles pour mon entreprise mais aussi pour faire évoluer l’image du chef d’entreprise. Le dirigeant doit sortir de son bureau et lever le nez de ses tableaux Excell…

Il faut être staffé pour consacrer du temps aux autres. Comment êtes-vous organisée ?
Prendre du temps pour sortir n’a rien à voir ave la taille de l’entreprise. Je considère que mes activités en dehors de Jours de printemps sont une façon de faire du business. Différente certes, mais je prends des contacts commerciaux et je fais parler de mon entreprise. J’encourage tous les dirigeants à sortir. Tout le monde peut le faire. La pire des réponses est « je n’ai pas le temps ». Ceux qui apportent cet argument n’ont rien compris ! On ne vit pas tout seul. Il faut prendre de la hauteur par rapport à son quotidien, pour, au final, se demander : « quelle est ma contribution à la société ? ».

Quel regard portez-vous sur les start-ups qui se créent aujourd’hui ?
Un regard bienveillant mais aussi, parfois, de méfiance, notamment sur toutes les start-ups qui se créent autour du digital. Elles doivent être vigilantes quant au lien social. L’outil numérique ne se suffit pas à lui-même. Le projet entrepreneurial doit créer de la valeur sociale.

Vous accompagnez des entreprises en mécénat de compétence dans le cadre de la fondation d’entreprises Emergences, que vous présidez depuis 2011. Comment les choisissez-vous ?
La fondation Emergence aide une douzaine de jeunes entreprises. J’en accompagne personnellement deux. La dirigeante d’Anaïs Cookies & Cie, à Caluire, est une ancienne collaboratrice de Jours de printemps qui emploie aujourd’hui trois salariés grâce à la confection de ses biscuits. Clotilde Juvin a créé Top’A, à Saint-Genis-Laval, une société d’assistantes administratives en temps partagé. Elle m’a tout simplement appelée pour me présenter son projet. Je ne choisi pas vraiment. Un à deux porteurs de projets viennent taper à ma porte chaque semaine. Je ne refuse jamais un rendez-vous. Ils prennent déjà l’initiative de me contacter, je peux bien leur consacrer 1h. Je leur fais bénéficier de mon réseau. Ils gagnent du temps car c’est ce qui est le plus long à constituer.

Parlez-nous de la fondation Emergences.
Trente entreprises lyonnaises ont décidé de créer une fondation d’entreprises pour agir sous la forme du mécénat de compétences auprès de porteurs de projets dans l’économie sociale. Ils créent des services autour de champs d’activités mal couverts par les services de l’Etat comme l’environnement, la dépendance, le handicap mais surtout ils contribuent à créer du lien social. Tous visent le bien-être de l’autre. La fondation Emergences ne donne pas d’argent mais deux éléments aussi précieux : un réseau et du temps. Les actions des dirigeants accompagnés par la fondation Emergences font écho à mes propres valeurs. Et quand on met le doigt dans l’engrenage, c’est passionnant. Ces porteurs de projets sortent des meilleures écoles. Ils veulent certes faire du business mais surtout être utiles dans leurs approches et donner du sens à leurs actions.

Comment ces rencontres se répercutent-elles sur votre propre entreprise Jours de printemps ?
J’emmène des collaborateurs dans des événements avec ces porteurs de projets ou j’organise des séances de sélection de porteurs de projets dans nos locaux de Lyon-Vaise. C’est un bon moyen d’ouverture d’esprit. De nombreux porteurs de projets travaillent dans nos conciergeries d’entreprises qui voient passer quelque 4 000 salariés. Elles sont de véritables portes d’entrée pour tester de nouveaux produits et services.

Comment qualifiez-vous l’engagement aujourd’hui ?
D’abord, avant de le définir, il est pour moi indispensable. C’est ce que je voudrais transmettre à mes enfants. L’engagement est une prise de position : la décision de donner un sens à sa vie. Ne pas être engagé, c’est ne rien partager et ne rien construire. L’engagement appelle l’engagement. On vient vous chercher plus facilement. A la création de Charlestown Lyon, j’ai adhéré au Medef. Un peu par hasard. Mais tout de suite, j’ai souhaité appartenir à un réseau pour échanger avec mes pairs et rejoindre une famille d’entrepreneurs. Le syndicat propose des mandats sociaux et m’a demandée d’être présente sur la liste pour des élections à la CCI de Lyon. C’était un mandat contraignant et parfois compliqué dans les relations avec les permanents de la CCI. Tout ce qui touche à la politique et aux institutions fonctionne comme une grosse machine. Or, quand je m’engage, j’aime voir les résultats.

Comment définissez-vous un chef d’entreprise engagé ?
Le chef d’entreprise d’aujourd’hui est un aventurier, qui crée de la valeur et des emplois autour d’un projet commun. Il a la faculté d’embarquer, ses salariés, ses fournisseurs, ses partenaires.

Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans la vie économique ? Que pensez-vous des quotas ?
Il y a deux catégories de dirigeantes : les communicantes et les introverties. Je leur donne à toute le même conseil : il faut sortir pour créer son réseau. Certes les femmes ont plus de contraintes matérielles que les hommes, mais plus on sort et plus on fait de rencontres. Quant aux quotas, ils ne sont ni normaux ni anormaux. Il faut en passer par là car certains hommes n’ont pas encore compris que la mixité est un plus.

Votre engagement est important au sein de la communauté entrepreneuriale lyonnaise. Il prend une forme différente mais tout aussi prenante au Vietnam…
J’ai adopté deux de mes trois enfants dans ce pays. Une chance pour eux. Par contre, nous sommes partis en en laissant plein là-bas. En 1994, j’ai co-créé l’association Xuan. Au départ sans grande ambition, avec l’aide de la famille et des amis, je souhaitai ouvrir un foyer pour accueillir des enfants des rues, orphelins ou non. Aujourd’hui, l’association accompagne une centaine d’enfants, les éduque et propose des bourses scolaires. La réussite de cette ONG tient dans sa taille : elle est restée à taille humaine. Les donnateurs savent que 99 % de l’argent va directement aux enfants car nous passons beaucoup de temps sur place. J’y vais plusieurs semaines chaque année pour suivre les enfants et les projets. On offre une chance à ces enfants. Certains la prennent, d’autres non. Je prépare aujourd’hui la relève pour être moins dans l’opérationnel mais passer plus de temps avec les enfants. C’est ce qui est le plus difficile : trouver des personnes qui s’engagent dans la durée. J’ai rencontré beaucoup de personnes, en visite dans la Famille 4, la maison de Da Nang. Ils sont très motivés sur place mais l’élan retombe vite. Or, les enfants mangent tous les jours… L’engagement ne doit pas s’arrêter une fois revenus en France.

Dates clés

2018 Dix ans de Jours de Printemps
2007 Vente de Charlestown, une expérience compliqué, et un nouveau départ
1990 Adoption de Luc au Vietnam, début de la construction de la famille et son engagement pour les enfants défavorisés
1960 Naissance à Paris




Stéphanie POLETTE
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide