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Bernard Buffet, la remontée du purgatoire

le 01 décembre 2016 - Brigitte ROUSSEY - Exposition

Bernard Buffet, la remontée du purgatoire
L'Atelier (1947), Musée Bernard Buffet

Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris consacre actuellement une grande exposition au peintre français Bernard Buffet (1928-1999). Cette rétrospective retrace le parcours d'un artiste inclassable, adulé précocement par la critique puis détesté par ses pairs et boudé par un public qu'il a souvent ignoré !

Aujourd’hui sa peinture « éclabousse » les cimaises du musée en un feu d’artifice de provocations qui témoignent du mal être et de l’angoisse d’un homme écorché vif. Très prolifique, il a peint plus de 8 000 tableaux en une quarantaine d’années, ce qui lui fut beaucoup reproché.

L’après-guerre est marquée par une effervescence artistique intense. Bernard Buffet a alors 19 ans et son talent est déjà reconnu. Ce succès précoce le grise, aussi s’étourdit-il dans les fêtes, affectionnant les jolies voitures. Les années glamour (1950-1958) passées auprès de Pierre Bergé lui ouvrent des horizons nouveaux pendant lesquels il ajuste son style : un graphisme anguleux, acéré, des motifs peints sans profondeur, une pauvreté volontaire de la palette, des sujets misérables. Il aime représenter des paysages déserts, des natures mortes et des figures souvent solitaires et figées, surtout des nus masculins et féminins dans des poses provoquantes. Leurs regards fixes et absents, hors de la scène, ne sollicitent en aucun cas les spectateurs.

Quelques années plus tard, sa rencontre avec Annabel est loin de l’apaiser. Il se met à boire et consomme des amphétamines. Son travail reste cependant toujours aussi dense mais il traduit sa descente aux enfers qui aboutit à son suicide en 1999.

L’exposition réunit une centaine de peintures de très grand format. Le parcours chronologique se partage en trois sections  qui illustrent les différents thèmes et recherches stylistiques de l’artiste : « L’invention d’un style » (1945-1955) ; « Une gloire fulgurante ; la fureur de peindre » (1955-1976) ; « Le tournant ; et Mythologies » (1977-1999) / « L’exil ».

En parcourant les salles, quelques œuvres retiennent peut-être plus l’attention : La Ravaudeuse de filets (1948), un très grand tableau où se met en place le style de Bernard Buffet : une palette terne, la géométrie du dessin aux traits noirs vigoureux, le fond dépouillé et monochrome. Un peu plus loin La Passion du Christ, la Crucifixtion (1946) est une œuvre terrible de dépouillement  et de douleur contenue. Dans la séquence suivante, Les Oiseaux, l’Oiseau rouge (1959), avec un grand oiseau rouge angoissant, à l’œil perçant, qui domine de sa hauteur un petit nu féminin allongé sur un sol strié. La troisième partie réunit des peintures dures, pessimistes, aux couleurs très contrastées. La mort est omniprésente : La Mort, la Mort 5 (1999). Le thème de L’Enfer  de Dante (1977) y est largement illustré avec une profusion de détails morbides et violents dans trois toiles immenses qui occupent toute la salle suivante. Ces « danses macabres » annoncent sa mort prochaine programmée.

Une exposition importante où le public peut relire l’ensemble de l’œuvre encore trop méconnue d’un artiste considéré aujourd’hui comme l’un des plus célèbres du XXe siècle, mais aussi le plus discuté. Malgré le malaise ressenti par certains tout au long de la visite, la peinture puissante, agressive et pas toujours de bon goût de Bernard Buffet ne peut laisser les visiteurs indifférents.

Musée d’art moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 26 février 2017



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