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Notre dossier : les bibliothèques à Lyon, des lieux de vie dans la ville

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Notre dossier : les bibliothèques à Lyon, des lieux de vie dans la ville
Muriel Chaulet

A l'heure où l'avenir de l'écriture et des livres laisse planer des doutes, trois nouvelles bibliothèques ont vu le jour cette année à Lyon, venant ainsi renforcer un solide réseau désormais constitué de seize établissements répartis dans les neuf arrondissements de la ville. Elles s'inscrivent dans le territoire comme de vrais lieux de rencontres, de partage et de citoyenneté et ne se réduisent plus uniquement à un échange de documents. Elles ouvrent leurs portes à tous les publics en leur proposant des outils écrits, numériques, ludiques et instructifs. Cette incitation à la vie de la cité témoigne de la volonté d'une politique culturelle fondée sur un accès aux multiples savoirs.

UN MODÈLE LYONNAIS ANCRÉ SUR LA PROXIMITÉ

Loïc Graber, adjoint à la culture de Lyon et Gilles Eboli, directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon évoquent la métamorphose du concept des bibliothèques ou médiathèques, nouveaux équipements publics destinés à créer du lien.

Loïc Graber et Gilles Eboli

Dans un contexte économique difficile, la ville de Lyon investit sur les bibliothèques. Comment expliquez-vous de telles ambitions ?

Loïc Graber : Cette volonté politique répond à un engagement de campagne issu d'un constat qui faisait état d'un manque de bibliothèques dans certains quartiers. A la fin du mandat, nous aurons une vraie bibliothèque de proximité sur l'ensemble du territoire. La Bibliothèque municipale représente le premier budget de la culture à Lyon avec 21 M€ de budget de fonctionnement par an et 33 M€ de budget de travaux prévus sur la mandature. En 2017, nous avons ouvert trois nouveaux établissements, dans les 6e, 7e et 3e arrondissements, pour un montant total de travaux de 16 M€. Un investissement de 17 M€ est en cours sur la rénovation des 90 km de rayonnage du silo de la bibliothèque municipale de la Part-Dieu. Ce chantier qui s'étalera sur quatre à cinq ans permet de désherber les collections, de vérifier les inventaires et de remettre à plat l'ensemble du fonctionnement.

Gilles Eboli : Cette ambition est légitime pour la plus grande bibliothèque de France. La particularité lyonnaise est de porter une attention particulière à la proximité. Les trois nouvelles médiathèques sont construites sur un nouveau modèle en adéquation avec notre projet d'établissement qui prône le vivre ensemble et le partage des savoirs. Elles sont implantées sur des quartiers qui étaient en déficit de bâtiments publics et de lieux de vie. Nous devons répondre aux nouveaux besoins de la population et être au plus proche des habitants.

Documents, journaux, livres, BD, liseuses, ordinateurs, tablettes numériques, jeux vidéo, jeux d'éveil,… l'offre des nouvelles bibliothèques est pléthorique.

Quel rôle ont-elles aujourd'hui ?

Loïc Graber : En décloisonnant les espaces, en apportant de nouvelles technologies et en diversifiant l'offre, la bibliothèque n'accueille pas seulement des lecteurs. C'est un lieu de rencontres intergénérationnel où chacun doit pouvoir trouver sa place. Des équipes de bibliothécaires sont là pour proposer un travail d'accompagnement et amener vers la lecture des publics qui en sont éloignés. Le but est également de lutter contre la rupture technologique en mettant à la disposition des outils et des conseils.

Gilles Eboli : La principale difficulté pour entrer dans une bibliothèque est l'absence de référence familiale. Nous voulons casser ce mythe et créer des espaces à vivre d'accès gratuit qui permettent de se rencontrer, d'échanger des idées et surtout d'être bien accueillis et orientés. Nous avons démocratisé le concept. Du partage des savoir, nous sommes passés au vivre ensemble. C'est déjà une grande victoire de faire venir un adolescent dans ce lieu même s'il n'entre que pour accéder aux jeux vidéo. Progressivement, il peut s'intéresser à la lecture sous ses différentes formes. Trop de livres n'aident pas les publics les moins experts.

Quelles sont les spécificités de la Bibliothèque municipale de Lyon ?

Loïc Graber : Depuis 2012, les bibliothèques sont peu à peu automatisées grâce à des boites qui permettent de restituer les emprunts 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Ces automates prennent aujourd'hui en charge 30 % des retours. Ils simplifient le système et évitent les retards. Par ailleurs, la bibliothèque numérique Numélyo, comportera, d'ici fin 2020, 450 000 ouvrages anciens numérisés, soit la quasi totalité des collections anciennes. Quant à la bibliothèque de la Part-Dieu qui s'étend sur 28 000 m2, elle est la plus grande d'Europe.

Gilles Eboli : Les fonds sont composés d'un volume total de 3,8 millions de documents sur l'ensemble du réseau dont 2,6 millions de documents d'intérêt patrimonial. Parmi les 70 collections, nous pouvons citer la collection jésuite des Fontaines déposée en 1999 pour 50 ans et qui comporte 500 000 documents d'une extrême richesse et diversité, le fonds chinois avec 60 000 documents depuis 1974, ce qui est exceptionnel pour une bibliothèque municipale, le centre de ressource sur le Genre dont la collection de Michel Chomarat de 7 600 documents est le premier service du genre dans une bibliothèque publique en France et le fonds de la guerre 1914-1918, qui, avec 20 000 documents est un des grands fonds en France sur la Grande Guerre.

VISITE DE TROIS BIBLIOTHÈQUES

La petite dernière, dans le 3e arrondissement

Installée sur l'ancienne friche RVI, à proximité directe de l'école Émile Cohl et du campus professionnel Rochaix-Feuillat, la nouvelle bibliothèque du 3e arrondissement a ouvert ses portes le 10 octobre dernier. Dernière née des trois bibliothèques qui ont ouvert cette année, alors qu'elle aurait dû être la première à sortir de terre, la bibliothèque Marguerite Yourcenar (première femme académicienne) offre le visage des bibliothèques d'aujourd'hui. Ouverte sur le monde et sur les habitants. Dès l'entrée la sensation est perceptible, vitres partout qui donneront bientôt sur un grand jardin avec une rivière, open space, plancher en bois, murs et rayonnages blancs ouvrent l'espace et le regard, « pour envisager le volume d'un seul regard » comme l'explique Gilles Eboli, le directeur de la bibliothèque municipale. L'idée est que chacun.e se sente aussi bien que chez soi.

Sur environ 1 000 m2 se déploient 22 000 documents (c'est le même nombre dans chaque bibliothèque ouverte cette année), livres bien sûr dont près de 3 000 romans et autant de bandes-dessinées, films, mais aussi jeux de société, jeux d'éveil, jeux pour les tout-petits, jeux video, pour celles et ceux qui seraient rétifs à la lecture. Répartis en espaces, Découvrir, Grandir, Temps libre (un dispositif qu'on retrouve également dans les autres bibliothèques), les usagers peuvent circuler librement d'un espace à l'autre, choisir un roman ou se poser dans la galerie de lecture pour feuilleter un magazine, une revue ou la presse quotidienne, ou encore écouter de la musique en streaming, sur une plate forme indépendante et rémunérant équitablement les artistes.

À signaler, la bibliothèque du 3e a mis l'accent sur les nouvelles technologies, avec l'installation d'un Fablab (pour fabrication laboratory), comprenant treize postes informatiques, une imprimante 3D, un scanner 3D et des personnes expertes qui pourront faire découvrir aux usagers les plaisirs de la programmation. Une expérimentation qui prend tout son sens avec la présence de es écoles professionnelles installées juste à côté, dont des projets sont déjà en cours, comme celui de récupérer l'eau de pluie pour en faire bénéficier le jardin partagé sis juste à côté. Un clin d'oeil à l'histoire du lieu, ancien site industriel majeur, devenu une friche artistique puis un lieu d'apprentissage et de savoir. D'ailleurs la police de caractères utilisée pour la signalétique, a été réalisée par « des étudiants de l'école Émile Cohl et reprend l'idée des verrières des anciennes usines dans les lettrages », souligne l'heureuse directrice de ce nouvel équipement, Virginie Eyck.

NOUVELLE GÉNÉRATION

6e arrondissement : hommage à la botanique

La bibliothèque du 6e arrondissement, également baptisée Bibliothèque Clémence Lortet en hommage à cette pionnière de la botanique qui a correspondu avec Jean-Jacques Rousseau, a fait peau neuve. De 325 m2, elle passe à près de 1 000 m2 et s'articule sur deux étages d'un immeuble bourgeois de la rue Bossuet. Entièrement rénovée, elle accueille divers espaces, les mêmes que ceux de la bibliothèque Marguerite Yourcenar, mais déclinés différemment. Ici, pas d'open space mais néanmoins des volumes ouverts, avec des poufs rigolos, des chauffeuses douillettes et des tables individuelles pour travailler et s'isoler en toute tranquillité. Il y a même un « bar à tablettes » ambiance café littéraire et du papier-peint réalisé spécialement par les étudiants de la section design textile de l'ENSBA (école nationale supérieure des beaux arts de Lyon), une proposition inspirée du végétal, subtile allusion à celle qui a donné son nom à cette bibliothèque.

7e arrondissement : Gerland en mode participatif

Présentée par la ville comme une bibliothèque modèle, la bibliothèque de Gerland a ouvert ses portes en mars dernier. Dotée d'une surface de 1 000 m2 (comme les deux autres), elle s'est développé autour d'un projet participatif qui a impliqué les habitant.es du quartier dès avant son ouverture puisqu'il y avait déjà une bibliothèque (bien plus petite) dans le quartier. Conçue comme un espace ouvert et transformable, elle dispose comme les autres d'un espace numérique et de trois labos de langues qui s'ouvrent sur les jardins. Tablant sur l'environnement et pour être au plus près de la vie de la cité, le patio accueille un « hôtel à insectes » fabriqué par les habitant.es en complicité avec la plasticienne Céline Dodelin, qui exploite la proximité des jardins ouvriers, qu'on peut apercevoir des baies vitrées du bâtiment. Une « grainothèque » a également été installée permettant d'échanger des semences.

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Eric SEVEYRAT
Journaliste

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