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Dossier - La prévention, un atout de santé publique

le 20 juillet 2012 - La Rédaction - Services - article lu 37 fois

Dossier - La prévention, un atout de santé publique
(© Angel Sanhueza)

« La prévention est au coeur même du projet de la MTRL, une Mutuelle pour tous, devait d’emblée souligner son président Romain Migliorini.

Elle est partie intégrante de notre mission, parce que plus de prévention signifie davantage de moyens pour procurer une meilleure qualité de soins au plus grand nombre. La prévention constitue véritablement un choix de société. »
En fait, paradoxalement, si la prévention a un coût, elle permet aussi de faire des économies. Et Bernard Montreuil d’appréhender le sujet sous deux angles, la santé et la maladie : « La détection précoce des maladies est un des enjeux économiques fondamentaux. Dès l’école, il convient d’apprendre aux jeunes à gérer leur santé ».
Jean Derrien a tenu, quant à lui, à replacer le thème dans l’évolution de la santé publique en France depuis 1945 et la considérable diminution de la mortalité infantile « grâce à une meilleure alimentation, au développement des vaccins, à une politique de protection dès la maternelle, autant d’éléments qui ont permis d’aboutir à ces résultats mais qui n’autorisent pas pour autant à baisser les bras en matière de prévention ».
Et Christiane Ricard-Meille de citer des cas concrets, connus du grand public, pour lesquels la prévention a un rôle considérable à jouer : « Le tabagisme, la malbouffe qui engendre l’obésité devenue un véritable fléau ». « Il conviendrait également de s’interroger pourquoi bien s’alimenter coûte plus cher ? », s’interroge Christelle Charvet.

« Le problème est le suivi de l’information »

« Obésité, alcool, tabac : pour Jean Derrien, la morbidité que ces comportements engendrent est connue de tous et si la santé est un moyen de prévenir, ce n’est pas le seul, ainsi prenez le cas du port obligatoire de la ceinture de sécurité en voiture, ou encore la limitation de la vitesse, qui a fait considérablement baisser le nombre de tués sur les routes. Reste qu’il convient de modérer ces propos. La prévention d’une part n’est pas une solution miracle pour tout. Ainsi les dispositifs de contraception mis à la disposition du public n’ont encore guère d’effet sur le nombre d’Interruptions Volontaires de Grossesse, une IVG pour 5 conceptions, et il faut également faire le distinguo, entre les comportements et les addictions ».
Michel Nasr, pour sa part, n’est guère convaincu par les politiques coercitives « en matière de lutte contre le tabagisme. La culpabilisation n’est pas efficace, elle conduit à la transgression. On ne peut pas envisager les même moyens que pour la sécurité routière et ses radars ». « L’adhésion fonctionne mieux que la contrainte, confirme Jean Derrien. L’idéal pour les assureurs notamment serait de savoir comment inciter les clients à avoir un comportement responsable ».
Alors, quid de l’efficacité des examens préventifs réguliers ? Pour Bernard Montreuil, « certaines mesures seraient assez simples à mettre en place, notamment chez les pharmaciens, chez lesquels on pourrait envisager un rôle actif dans le domaine de la prévention grâce à des questionnaires de cinq à dix questions simples dont la durée pour y répondre ne nécessiterait pas plus de 5 à 10 minutes ; les infirmiers ou encore les médecins scolaires, qui pourraient aussi apporter leur pierre à l’édifice. L’expérience est d’ores et déjà menée dans nombre de pays anglo-saxons, ou encore en Belgique ».

Prévention et dépistage

« Reste que, reconnait Christelle Charvet, le problème est le suivi de l’information. Les médecins généralistes ne sont pas formés pour effectuer des bilans qui, eux, prennent du temps. Il conviendrait aussi de décerner une prime au bon comportement en incitant les praticiens à ne pas prescrire trop de médicaments et à l’expliquer aux patients. »
Pour Michel Nasr, il convient malgré tout de ne pas confondre prévention et dépistage. Et le pneumologue de plaider pour sa chapelle : « En matière de dépistage, on pourrait ainsi mettre en oeuvre des appareils de mesure des capacités respiratoires, comme cela existe pour la prise de tension. Les maladies respiratoires s’installent sur le long terme et cela permettrait de déceler les risques et de faire l’état des lieux. Actuellement, la médecine est basée sur le besoin immédiat et les patients, dans la plupart des cas, ne reviennent pas. En règle générale, le patient pense à tout sauf à sa santé, un changement de culture est donc nécessaire dans un système de plus en plus cloisonné. Une vraie politique de santé publique est à mettre en place. Ainsi, prenez le tabac, il rapporte 12 Md€ à l’Etat, lui coûte par ailleurs 14 Md€ en frais de santé et 48 Md€ en coût social, cherchez l’erreur ? »
Pour Bernard Montreuil, il conviendrait en fait de passer de la logique de la cure française à celle du « care » (soin) anglaise, tandis que Jean Derrien plaide pour une vision réaliste « avec des effectifs de santé en situation de pénurie, des soins à domicile pour les personnes âgées qui ont un coût énorme, la médecine du travail a un rôle indéniable à jouer en terme de prévention, mais Pôle emploi pourrait également mener une action dans ce sens ».
Pour Jean-Paul Kaufmann, « la lutte contre la malbouffe n’est pas une affaire de mode, mais une priorité ». Un avis que partage tout naturellement Christiane Ricard-Meille qui constate pour sa part une véritable épidémie d’obésité et de diabète qui l’accompagne le plus souvent : « Il s’agit d’une véritable urgence sanitaire. De nombreuses pathologies sont liées à l’alimentation ou à l’environnement et à la qualité de l’air. Par ailleurs, si on donne trop de médicaments, on engendre des effets secondaires. Ainsi, plus on prescrit de médicaments, plus le patient conserve ses mauvaises habitudes ». Et Christelle Charvet de confirmer : « Les médicaments peuvent masquer les symptômes et devenir la partie immergée de l’iceberg ». Et Jean-Paul Kaufmann de conclure sur ce sujet : « Autrefois, on se nourrissait pour vivre, tout simplement ».

Du rôle de l’environnement

Si les médias mettent en avant régulièrement le rôle de l’environnement sur la santé publique, les praticiens confirment l’apparition grandissante – une véritable explosion – du nombre des allergies qui aujourd’hui touchent quelque 40 % de la population. Le système immunitaire moderne a du mal à s’adapter à l’environnement, on le constate également chez l’animal. Le calendrier vaccinal pourrait également être remis en cause, on ne vaccine pas forcément au bon moment. Mais il ne s’agit naturellement pas de remettre en cause les bienfaits apportés par les vaccins qui ont permis d’éradiquer certaines maladies au plan planétaire, comme la variole. Reste malgré tout à nuancer. Ce que fait Bernard Montreuil lorsqu’il constate « qu’un organisme surprotégé affole le système immunitaire qui provoque des réactions anarchiques. Le vaccin n’est ni bon ni mauvais, c’est un outil efficace s’il est bien utilisé ». Reste que l’environnement ne peut être la cause de tous les maux. Bernard Montreuil dénonce « des valeurs morales en déliquescence. C’est ainsi qu’on assiste à la propagation des drogues ; les moyens de lutte contre ce fléau s’avèrent dérisoires par rapport aux profits engendrés. De fait, on vit plus longtemps, mais aussi de moins en moins bien ». Et de terminer par une alerte, celle qui vise à dénoncer « les comportements hallucinants vis-à-vis de l’alcool de nombre d’étudiants, dont certains sont même appelés à devenir des praticiens de santé ».

« La prévention, c’est de l’information et de la matière grise »

Et Christiane Ricard-Meille de déplorer « qu’on n’explique pas l’être humain, qu’on n’explique pas comment fonctionnent les organes, à quoi ils servent ». Jean-Luc Lazarus estime que « les rôles de l’école, de la famille, des institutionnels, sont primordiaux. La prévention, c’est de l’information et de la matière grise ». Jean Derrien, en matière de lutte contre l’alcoolisme, chez les jeunes étudiants notamment, prône une action des pouvoirs publics sur les campus. Pour conclure, Bernard Montreuil estime qu’il conviendrait d’apprendre « non pas à fonctionner mais à être », tandis que Christiane Ricard6Meille défend un concept de « médecine intégrative qui impliquerait à la fois la médecine conventionnelle et les médecines non conventionnelles comme cela se pratique déjà dans des centres de traitement, en Amérique du Nord, mais aussi en Chine ou en Inde . Des pratiques qui incluent le physique, bien sûr, mais aussi le psychique et l’énergétique ».
Michal Nasr croit au rôle important que peuvent jouer les associations de patients en matière de prévention citoyenne, tandis que Bernard Montreuil souhaiterait voir l’Organisation Mondiale de la Santé, jouer un rôle plus important sur ce front. Enfin, Christelle Charvet insiste sur l’importance du terme « complémentarité » avec les médecines non pas « alternatives » mais « intégratives ».
De toutes façons, les intervenants à ce débat auront l’occasion de revenir, point par point, selon leurs souhaits, sur ces thématiques, puisqu’à cette occasion a été actée la décision d’organiser des rencontres régulières, probablement trimestrielles, pour appréhender « l’ensemble de ces énormes chantiers afin de poursuivre ces réflexions et trouver des solutions en travaillant de concert », pour reprendre les termes mêmes de Romain Migliorini.

Frank Schmitt


Les participants

Christelle Charvet, gynécologue-homéopathe
Christiane Ricard-Meille, rhumatologue, nutritionniste, spécialiste des maladies liées à l’alimentation
Bernard Montreuil, pharmacien
Jean-Paul Kaufmann, pharmacien
Jean Derrien, gynécologue URPS (Union régionale des professions de santé-médecins)
Michel Nasr, pneumologue
Jean-Luc Lazarus, responsable d’activité aux ACM (Assurances du Crédit Mutuel)
Romain Migliorini, président de MTRL, une Mutuelle pour tous



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