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Les entrepreneurs aiment la Métropole : oui mais…

le 22 mars 2016 - Eric Seveyrat - Printemps des entrepreneurs - article lu 173 fois

Les entrepreneurs aiment la Métropole : oui mais…
© : DR - Les entrepreneurs attendent beaucoup de la métropole pour se développer à l'international

Réunis en comité restreint avant le Printemps des entrepreneurs du 5 avril, une dizaine de chefs d'entreprises et dirigeants, dont Laurent Fiard, président du Medef Lyon-Rhône, a débattu pendant plus d'une heure, sous la conduite du Tout Lyon Affiches, de l'impact de la Métropole sur la vie des entreprises. Pour eux la Métropole est une très bonne chose, mais…ils ont besoin de plus, ils ont besoin de visibilité d'avenir. Détails.

Un constat commun s’impose chez les décideurs économiques, comme si la Métropole lyonnaise (unique en France dans son statut administratif se substituant au Département) correspondait à leurs attentes, mieux : à leur propre fonctionnement en termes de bassin économique, de strates administratives, de soutien aux entreprises : « Pour moi il y a lien évident entre un territoire attractif et des entreprises qui gagnent, affirme Laurent Fiard, président du Medef Lyon-Rhône et PDG du Groupe Visiativ. Cependant on a beau être fier d’une métropole parmi les meilleures de notre pays, il nous manque la vision d’avenir. Nous avons cette dynamique de Métropole, qu’en faisons-nous ? Les entreprises ont leur mot à dire, car c’est à travers le mouvement entrepreneurial qu’arrive la création de richesses. »


Le décor est planté par le président Fiard qui attend beaucoup du Printemps des Entrepreneurs sur ce qu’il nomme une « Vision futuriste de Lyon ». Le D.G. de La Vie Claire, Benoit Soury enfonce le clou : « Le territoire de jeu de nos entreprises n’est pas que lyonnais, il est national voire international. Les entreprises n’ont pas à être à la remorque des politiques. L’organisation politique qui vient de se mettre en œuvre est un franchissement d’étape que nous saluons. On voit des métropoles en France où les luttes intestines compliquent les choses.»


Une impulsion politique


Alors la Métropole conforte-t-elle un état de fait économique existant ? : «  A Lyon, on n’a pas attendu la Métropole pour avoir des projets, ni pour accompagner les entreprises, note Jean-Pierre Levayer , directeur général de la Banque Populaire Loire et Lyonnais. Il y a eu une impulsion politique. On le voit bien au niveau de La Part-Dieu, de l’aéroport...On a cette chance que politique et entreprise suivent le même chemin. »
Ces satisfecits vont sûrement faire plaisir aux politiques mais les décideurs ne se privent pas d’être critiques. Frédéric Maurel, directeur général chez Mazars apporte un bémol : « La Métropole c’est avant tout une marque. Pour des jeunes talents, l’attractivité de Lyon entre en compétition avec Paris, Dublin, New-York ou Londres. Un jeune qui sort d’une très bonne école ne vient pas spontanément à Lyon. Il revient lorsqu’il a des enfants, quand il a besoin de cadre de vie agréable. La Métropole doit être une marque pour asseoir une puissance vis-à-vis des entreprises. C’est une nécessité sur laquelle on doit pouvoir s’appuyer. »


Pascal Ronzière, directeur des opérations Centre-Est chez Sanofi, salue la capacité de travailler ensemble dans la Métropole économique : « On a su anticiper, quand on voit la place de Lyon aujourd’hui dans les cleantech ou les biotech, cela veut dire qu’on a eu la capacité de travailler ensemble, de nouer des vraies stratégies d’alliance entre le monde politique et le monde économique, même si tout cela reste fragile  »

La Métropole, une bonne marque ?


La marque Métropole de Lyon serait donc une bonne marque, attire-t-elle les talents ? Quand on pense Toulouse, on pense Airbus, c’est une bonne marque, à Lyon ce serait quoi ?  Jean-Pierre Levayer (BPLL) a son idée : « On est plus solide avec une diversité économique industrielle. Une étude récente, menée auprès des jeunes diplômés, montre que Lyon est la première ville française d’attraction. Avec à la fois la capacité de trouver un job de bon niveau et une vie différente de la vie parisienne. Lyon se distingue aussi par son offre d’écoles d’ingénieurs, d’écoles de commerce, ses prépas… » Laurent Fiard renchérit : « A Toulouse, si Airbus s’enrhume, c’est Toulouse qui tousse, avec effet dominos sur les sous-traitants. »

 

D’avenir industriel, chez Orange, on s’en préoccupe : « La Métropole a la chance de pouvoir faire converger des énergies en formation notamment, explique Armelle Bourden, directrice « Entreprises » chez Orange. Lyon aura un rôle important à jouer en matière de numérique, de services apportés aux entreprises et aux citoyens. Tout ce qui se développe autour de l’accompagnement des start-up et de la French-tech est important. » Du côté de la mutuelle Apicil, on se félicite de la qualité du tissu économique : « La Métropole a créé une spirale vertueuse dans laquelle beaucoup d’entreprises vont bien, note Thomas Perrin, directeur général adjoin. Il sera plus facile alors de rebondir si l’une d’elles va moins bien.»


Gilles Bertrand, président Descours et Cabaud apporte son témoignage : « Notre entreprise lyonnaise est basée à Lyon, mais ce bassin est pour nous comme un autre, notre entreprise est très décentralisée en de multiples points. Nous vivons bien quand les infrastructures sont là, quand les entreprises vont bien et produisent. La Métropole doit se donner les moyens de ses ambitions. »

« Des budgets d’investissements sanctuarisés »


On le voit bien, le fait métropolitain, s’il ne sert pas à appuyer les gros dossiers sera un fiasco : « L’aéroport est un vrai problème pour le développement à l’international, souligne Laurent Fiard, On a les racines entrepreneuriale, il faut les ailes. J’ai mis 6 heures de Lyon pour aller à Berlin, c’est trop. » Pour Pascal Ronzières (Sanofi) : « C’est à nous d’être force de propositions. Nous avons deux sièges mondiaux à Lyon dont Sanofi-Pasteur, les cadres internationaux n’ont pas assez de structures d’accueil anglophones. La cité scolaire internationale est pleine à craquer et il n’y a pas vraiment d’autres solutions. » Frédéric Maurel tire la sonnette d’alarme : « Lyon ne peut être qu’une métropole de taille moyenne. Mais attention, elle devient polluée, embouteillée, elle a des problèmes d’infrastructures, il ne faut pas détériorer la qualité de vie, c’est son atout. » Et Benoît Soury de résumer : « Il faut des budgets d’investissements sanctuarisés sur des grands projets, et des coûts de fonctionnements réduits. »


Dialogue régional ?


Du côté de la Caisse d’Epargne, on pense aux autres territoires : « Nous sommes banquiers des collectivités locales, souligne Didier Bruno, membre du directoire de la Cera. On peut se poser la question de savoir comment les métropoles vont dialoguer entre elles : Grenoble, Chambéry, Genève, le Sillon alpin... » Un peu les mêmes préoccupations chez l’assureur Groupama comme l’explique Pascale Eymard, directrice partenariats et institutionnels : « Nous avons cette problématique de 300 agences sur 12 départements en Rhône-Alpes-Auvergne. Il faut se poser la question du rôle de leader que joue la Métropole lyonnaise vis-à-vis des autres qui sont de taille inférieure : Grenoble, Clermont-Ferrand etc. »

 

Le dialogue au sein même de la région semble difficile à établir.  « Les métropoles ont peu de relation entre elles Lyon-Grenoble/Lyon-Genève. Lyon et Grenoble sont très complémentaires selon Didier Bruno (Caisse d’Epargne) .  « Trois grands pôles économiques Lyon-St Etienne/Grenoble/Savoie-Haute-Savoie. Il faut faciliter la fluidité », complète Frédéric Maurel (Mazars) tut comme Jean-Pierre Levayer : « Il faut donner encore plus de puissance à Lyon, qui doit jouer le rôle de locomotive. »
Pragmatique, Laurent Fiard résume et conclut : « J’espère qu’on va sortir du Printemps des entrepreneurs avec une vraie vision sur l’avenir en se donnant une vraie stratégie de développement afin de figurer un jour dans le Top 5 européen. »
Eric Séveyrat



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