Fermer la publicité

Start-up en hyper-croissance : Toujours avoir deux coups d'avance

le 03 mai 2017 - Dossier réalisé par Stéphanie Polette - Dossiers

Start-up en hyper-croissance : Toujours avoir deux coups d'avance

Le créateur de start-up n'affiche qu'une ambition : compléter l'acronyme Gafa – Google Apple Facebook Amazon – pour rejoindre le club des leaders d'aujourd'hui, les entreprises qui grossissent à la vitesse de la lumière. Outre une organisation sans faille, c'est surtout la personnalité du dirigeant ou des associés, capables d'anticipation sur tous les sujets, qui propulsera l'entreprise dans le monde de l'hyper-croissance.

Marie-Christine Chalus-Sauvannet, maître de conférence à l’IAE Lyon

« Les dirigeants de start-up en hyper-croissance affichent une forte capacité d’anticipation »

Comment définissez-vous l’h​yper-croissance ?

Aucun critère n’existe pour réellement caractériser l’hyper-croissance. On peut toutefois noter deux éléments essentiels : la croissance rapide des effectifs et du chiffre d’affaires. Quand une entreprise passe, en un an, de cinq à dix collaborateurs ou de dix à vingt, on considère, en doublant son effectif, qu’elle est entrée dans un processus d’hyper-croissance. Le chiffre d’affaires est plus difficile à estimer car il existe des start-up qui embauchent en nombre, lèvent des fonds mais dégagent, au démarrage, très peu de chiffre d’affaires.

Existe-t-il un profil type d’entreprises ?

Ce sont principalement des start-up, dans le numérique mais aussi qui proposent des services ou des produits innovants. Elles enregistrent des pics d’activité dès leur démarrage. Rapidement, elles veulent se positionner à l’international pour répondre à un marché, ce qui contribue à faire grimper leurs effectifs. Elles veulent aller vite, c’est inscrit dans leur business plan.

Comment un dirigeant doit-il se préparer à faire face à une croissance rapide ?

Il doit tout de suite se doter d’outils de pilotage. Certes, il veut conserver l’agilité de sa start-up mais il a tout intérêt à s’équiper d’outils pour répondre à sa vision stratégique de son entreprise. Ses premiers recrutements sont cruciaux. Il existe souvent un noyau dur de cinq-six collaborateurs autour du ou des fondateurs. Ce sont sur eux qu’il devra s’appuyer. Dès leurs embauches, les dirigeants doivent imaginer leurs montées en compétence et leurs potentiels à devenir de futurs managers. D’un point de vue organisationnel, ils doivent sans cesse penser à l’étape suivante, au plan B. L’anticipation les guide au quotidien.

La psychologie du start-upeur entre-t-elle en ligne de compte ?

Bien sûr. Ils sont formatés pour l’hyper-croissance. Tous veulent porter leur entreprise très haut. Ceux qui réussissent dans cette aventure sont les dirigeants qui savent s’entourer et surtout s’associer. Les structures d’accompagnement, les business angels et les fonds d’investissement sont sensibles aux équipes de fondateurs. Dès le départ, il est possible de détecter leur potentiel managérial, rien qu’en les observant évoluer entre eux. Les belles associations sont gages de réussite et d’hyper-croissance.

                                          ------------------ Deux points cruciaux------------------------------------------------------

Embaucher

Point sensible de toutes les entreprises, embaucher l’est encore plus pour des entreprises en hyper-croissance qui doivent avoir à la fois les ressources humaines nécessaires pour répondre au carnet de commandes immédiat et rester prudent quant à l’avenir de l’entreprise.
Elles doivent se constituer un vivier de candidats prêts à intégrer l’entreprise.

Déménager

Passer de deux à cent personnes nécessite des espaces appropriés. Démarrant en pépinières, en coworking ou dans des centres d’affaires, l’entreprise en croissance doit tenir compte de sa montée en charge pour loger toutes ses équipes, sans les déménager tous les six mois, des opérations perturbantes pour le bon fonctionnement de l’entreprise, chronophages et coûteuses.
Là encore, l’anticipation avec la possibilité de prendre des m2 supplémentaires sur son lieu initial permet d’adapter la voilure.

                                                                          -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Forcity : de 2 à 80 collaborateurs en 5 ans

Dès la création de ForCity à Lyon début 2014, Thomas Lagier et François Grosse ont écrit un business plan basé sur l’hyper-croissance. Locaux, embauches, ils passent d’un sujet à l’autre avec un seul mot d’ordre : anticiper.

« A la fin de notre année de création, nous étions 18. Fin 2015, 46, fin 2016, 60. Notre plan de recrutement prévoit des effectifs à 75 collaborateurs à fin 2017 et 82 à fin 2018. Hors stagiaires… », expose Thomas Lagier, co-fondateur de ForCity, une plateforme 4D de simulation et d’aide à la décision pour accompagner les collectivités locales dans leur développement. Le business plan a été bâti dès le départ pour répondre à une croissance forte. « Nous sommes dans les métiers du numérique où il faut aller très vite. Dès le départ, nous savions que nous aurions à embaucher, beaucoup, et qu’il fallait grossir vite pour atteindre une masse critique et peser face à nos clients. » Le chiffre d’affaires croit à un rythme de près de 30 % par an et a atteint 2,5 M€ en 2016.

Comme toutes les start-up en hyper-croissance, ForCity veille sur deux points essentiels : les locaux et les talents.

La start-up commence par s’installer dans 80 m2, avec un bail précaire, pour pouvoir le dénoncer dès que le besoin de plus grand se fera sentir. « Nous ne pouvions pas nous engager. » Rapidement, ils trouvent une autre solution pour loger tout le monde. « Nous sommes aujourd’hui à Lyon Part-Dieu, dans des locaux de 1 350 m2, détaille Thomas Lagier. Leur modularité, avec la possibilité de casser des cloisons pour créer des open space, accompagnera notre croissance. Il y a également d’autres plateaux à louer dans ce même immeuble. L’immobilier est un poste qui se prévoit 12 à 18 mois à l’avance. »
Côté ressources humaines, « Nous nous définissons comme une nébuleuse agile, notre organisation s’adapte à notre croissance et non l’inverse ». Les managers recrutent leurs collaborateurs qui voient leurs collègues avant de valider une embauche. Chacun doit avoir deux candidats d’avance susceptibles d’intégrer ForCity rapidement. « Le recrutement est difficile. C’est même dramatique, se désole le dirigeant. La cooptation avec prime fonctionne bien en interne. Nous travaillons avec plusieurs cabinets de recrutement. » ForCity a dix postes ouverts en ce moment.
La vitesse de la croissance « change les rapports sur tous les plans, nous veillons à ce que l’esprit start-up perdure et que l’on se fonctionnarise le moins possible ».

Brice Chambard : Obiz, « Faire face physiquement et psychologiquement »

La personnalité du dirigeant influe sur le devenir de son entreprise. Un constat démultiplié dans le cas des entreprises en hyper-croissance. Brice Chambard, fondateur d’Obiz à Lyon en 2010, s’attache tout particulièrement à donner l’impulsion pour poursuivre l’ascension de sa start-up qui compte aujourd’hui trente collaborateurs.

Tout est question d’organisation. En interne surtout, en sachant déléguer, mettre en place les bons outils de pilotage, insuffler une dynamique d’entreprise. « Je me suis entouré pour éviter d’être trop seul à la tête d’Obiz, témoigne Brice Chambard. Mon comité de direction, composé du DG, du DRH/DAF, du directeur du développement international et de moi-même, se réunit une fois par mois. Un comité de pilotage stratégique composé pour partie d’experts et de clients échange quatre fois par an. Enfin, je tiens un petit-déjeuner des actionnaires une fois par mois. »
Ensuite, le sportif de haut niveau s’applique une discipline stricte pour « Faire face physiquement et psychologiquement aux exigences de la forte croissance, en me levant tous les jours à 6 h 30 pour consacrer une heure au sport, à lire ou à méditer ».

Obiz a réalisé 1,8 M€ de chiffre d’affaires en 2016, contre 1 M€ en 2015, et a dû déménager quatre fois pour loger les nouvelles recrues. Brice Chambard affirme « savoir dire non et s’octroyer des plages de déconnexion ». Pour le dirigeant, les clés de la réussite pour une entreprise en hyper-croissance résident dans les RH, « Il faut les intégrer le plus tôt possible dans l’organisation », les ressources externes, « En faisant appel à un coach et à un mentor », sans oublier la formation continue du dirigeant.

                                            -----------Quelques pépites made in Lyon----------

Geolid. Créée en 2010 à Lyon par Gautier Cassagnau, Geolid propose des solutions de publicité géolocalisée sur internet. L’entité compte aujourd’hui plus de 200 collaborateurs en France et en Europe.
Simplifia. Jean-Baptiste Vercruysse et Maxime Nory ont imaginé un ensemble de services dédiés à l’activité funéraire. Créée en 2011, l’entreprise totalise 50 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires d’1,2 M€ en 2015.
The CoSMo Company. La complexité des systèmes, notamment dans les industries, est modélisée par The CoSMo Company, pour imaginer les scénarii qui permettent de prendre les bonnes décisions. En 2017, la start-up emploie 70 collaborateurs.

Franck Dunière, président du Cercle pépites

"On avance plus vite en se parlant"

Pourquoi avoir créé le Cercle Pépites ?

Avant de se poser cette question, il faut d’abord répondre à celle-ci : Pourquoi le programme Pépites ? En 2011, la CCI Lyon Métropole et la Métropole de Lyon ont décidé de mettre un coup de projecteur sur les entreprises qui allaient bien et de valoriser des start-up en hyper-croissance. Dix ont été retenues, dont IPline, l’entreprise que je co-dirige. Nous avons tellement appris et échangé ensemble pendant les deux ans du programme qu’à son issue, nous n’avons pas voulu que tout s’arrête. Gérard Collomb et Emmanuel Imberton ont accepté notre proposition de créer, en juin 2015, le Cercle Pépites, sous forme d’association indépendante des institutions, dans la continuité de l’esprit du programme. jours hyper-fragiles.

Les dix entreprises de la première promotion adhèrent au Cercle Pépites. Nous avons été rejoints par neuf nouveaux membres début avril, sur la base du volontariat. Se réunir revient à mener une véritable psychanalyse de groupe. On avance plus vite en se parlant, en échangeant sur les erreurs commises par les uns ou les autres pour les éviter, en évoquant les bonnes pratiques. Quatre à cinq fois par an, les discussions tournent autour des questions qui nous animent tous : recruter les talents, trouver les bons modes de management, gérer les risques liés à l’hyper-croissance.

Le Cercle Pépites invite des experts à sa table pour toujours progresser sur les sujets qui vous interpellent. Mais en tant que dirigeants de start-up à potentiel, les politiques vous sollicitent…

Effectivement, on nous demande aussi de réfléchir à comment détecter le chef d’entreprise seul dans son coin mais dont l’innovation pourrait le faire passer à une TPE de neuf personnes, voire plus. Nous sommes interrogés et étudiés sur la façon dont nous avons réussi à faire grossir nos entreprises. C’est une manière pour nous de rendre ce que l’on nous a donné.

Quelle est votre ambition pour le Cercle Pépites ?

D’ici à 2020, la CCI et la Métropole comptent accompagner 100 à 150 pépites. Ce qui veut dire que le Cercle Pépites aura peut-être 40 ou 50 membres. Nous rassemblerons alors une foule de compétences, RH, finances, juristes… que nous pourrions mettre au service d’autres dirigeants via une plateforme de services multifonctions. J’aimerais que l’on puisse réaliser un tel projet.

Vous vous retrouvez encore régulièrement. Que vous apportent ces échanges ?

Nous avons toujours besoin d’échanger sur les sujets qui piquent, car nos entreprises en hyper-croissance sont toujours hyper-fragiles. Les dix entreprises de la première promotion adhèrent au Cercle Pépites. Nous avons été rejoints par neuf nouveaux membres début avril, sur la base du volontariat. Se réunir revient à mener une véritable psychanalyse de groupe. On avance plus vite en se parlant, en échangeant sur les erreurs commises par les uns ou les autres pour les éviter, en évoquant les bonnes pratiques. Quatre à cinq fois par an, les discussions tournent autour des questions qui nous animent tous : recruter les talents, trouver les bons modes de management, gérer les risques liés à l’hyper-croissance.

Le Cercle Pépites invite des experts à sa table pour toujours progresser sur les sujets qui vous interpellent. Mais en tant que dirigeants de start-up à potentiel, les politiques vous sollicitent…
Effectivement, on nous demande aussi de réfléchir à comment détecter le chef d’entreprise seul dans son coin mais dont l’innovation pourrait le faire passer à une TPE de neuf personnes, voire plus. Nous sommes interrogés et étudiés sur la façon dont nous avons réussi à faire grossir nos entreprises. C’est une manière pour nous de rendre ce que l’on nous a donné.

Quelle est votre ambition pour le Cercle P​épites ?

D’ici à 2020, la CCI et la Métropole comptent accompagner 100 à 150 pépites. Ce qui veut dire que le Cercle Pépites aura peut-être 40 ou 50 membres. Nous rassemblerons alors une foule de compétences, RH, finances, juristes… que nous pourrions mettre au service d’autres dirigeants via une plateforme de services multifonctions. J’aimerais que l’on puisse réaliser un tel projet.

      ------Exemples d’accélérateurs----

Novacité facilite l’émergence et la croissance d’entreprises à forte valeur ajoutée et au fort potentiel de développement. L’innovation est un des principaux critères de sélection de Novacité. Elle émane de la recherche publique (incubation), de la recherche privée (essaimage) ou de l’expérience personnelle du dirigeant. Le potentiel du projet est mesuré sur sa capacité à créer plus de cinq emplois en trois ans, à pouvoir se déployer à moyen terme à l’international et à mettre en valeur les savoir-faire et les compétences des filières d’excellence du territoire (biotechs, cleantechs et industries créatives).
Axeleo accompagne les start-ups dans le secteur du logiciel BtoB en phase de capital-risque pour doper leur développement. Labellisé French Tech et soutenu financièrement par Bpifrance, Axeleo repose sur un programme de 18 mois d’accélération « hors les murs » avec la contribution d’une cinquantaine de dirigeants experts.  

------Le programme "Pépites"------

Co-piloté par la Métropole de Lyon et la CCI Lyon Métropole depuis 2011, le programme Pépites sélectionne dix entreprises à potentiel chaque année pour les accompagner, durant deux ans, dans leur hyper-croissance. Accompagnées par des experts, elles ont pour objectifs de « franchir le plafond de verre » en travaillant sur les points bloquants de la croissance pour devenir des ETI.
Principaux critères de sélection

- enregistrer des croissances de chiffre d’affaires de + de 20 % par an sur trois ou quatre ans ;
- avoir une indépendance capitalistique ;
- chercher des relais de croissance ;
- être implanté sur le territoire de la métropole de Lyon.
Depuis 2011, 59 entreprises ont été labellisées. Elles représentent un chiffre d’affaires cumulé de 519 M€ et emploient quelque 2 700 collaborateurs.



À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide