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« Les TIC font rêver mais sans compétences, les investissements sont inutiles »

le 07 mars 2016 - Dossier réalisé par Stéphanie Polette - Transition numérique c'est maintenant ou jamais

« Les TIC font rêver mais sans compétences, les investissements sont inutiles »

Maître de conférences en informatique à l'IAE de Lyon, Eric Disson est chargé de mission à l'université « Audit interne et amélioration des processus » et responsable pédagogique des MOOC CARTOPRO'S et PILOPRO'S plateforme Fun.

Où en sont les entreprises françaises dans la transition numérique ?


L’état des lieux est très hétérogène. Certaines entreprises, qui ont bâti leur business modèle sur le numérique, sont très en pointe. D’autres, en tant que sous-traitants de grands groupes, sont poussée et s’y mettent par obligation. Et une partie n’a pas du tout pris en compte les enjeux. Les entreprises à partir d’une centaine de personnes, les ETI, n’ont plus le choix. Elles doivent réfléchir à une stratégie digitale.

Existe-t-il des marqueurs qui doivent déclencher le processus de digitalisation de l’entreprise ?


Quand le dirigeant analyse les chiffres et qu’il constate que, certes, le chiffre d’affaires continue peut-être à augmenter, mais que ses profits baissent, que les marges se réduisent, que des retours qualités sont mauvais, que la relation client se dégrade. Quand il se rend compte que le management à la grand-papa ne fonctionne plus.

Le management ? L’outil informatique n’est donc pas uniquement la solution ?


Les outils doivent servir la stratégie numérique de l’entreprise. Surtout, tout repose sur les compétences humaines. Je ne cesse de le répéter, il faut former, former et encore former les futures compétences des entreprises dans ce domaine. Les technologies de l’information peuvent faire rêver mais sans compétences pour démultiplier le potentiel d’un logiciel ou d’une machine, ce sont des investissements inutiles. Les directions des ressources humaines ont une très grosse responsabilité dans le passage au numérique des entreprises.

Pourquoi les entreprises sont-elles si réticentes à se lancer dans la digitalisation ?


Notre problème est culturel. Contrairement aux Allemands, aux Anglo-saxons ou aux Pays du Nord, les hiérarchies des entreprises Françaises sont encore très verticales. Il est difficile d’imposer une vision transversale. Or, le numérique est typiquement un projet transversal qui implique tous les étages de l’entreprise. Si une direction financière ou une direction marketing ne veut pas intégrer le projet, il sera compliqué de le mettre en place. L’entreprise doit se transformer en adoptant une vue matricielle contre une organisation verticale. Adjoindre des compétences en horizontal et insuffler de l’agilité dans les process et les organisations vont à l’encontre de l’organisation hiérarchique des entreprises françaises. L’impulsion doit venir de la direction, tout en s’appuyant sur des cadres intermédiaires moteur. L’un ne va pas sans l’autre.

Créer un site internet ou acheter un ERP semblent satisfaire de nombreuses entreprises. Nous sommes loin d’une réelle stratégie digitale…


On le constate auprès de la grande distribution par exemple. Certains proposent un site marchand et un drive, des outils ajoutés à leurs modes de distribution traditionnel. L’initiative n’est pas toujours une réussite. L’empilage des outils ne constitue pas une stratégie. Par contre, le cross canal est plutôt bien maitrisé par des « pure players » qui commencent à ouvrir des boutiques physiques et ainsi apporter un service différenciant. Certaines entreprises pensent qu’il est suffisant de confier la gestion du site internet au plus « geek » de l’entreprise ou au dernier arrivant issue de la génération Y. C’est une erreur. Le marketing digital peut être un réel support d’aide à la vente si la présence sur les réseaux sociaux apporte du contenu et positionne l’entreprise comme une experte de son domaine. L’entreprise doit comprendre que l’outil reste au service de la stratégie et qui n’existera que grâce à la compétence des hommes.

Former et informer les collaborateurs de demain

L’executive MBA Digital d’EM Lyon a été bâti avec Visiativ. Ouvert en septembre 2016 en formation continue pour près de 40 professionnels sur une durée d’au moins 6 mois, il vise à positionner le numérique au cœur de la stratégie de l’entreprise.

L’IAE de Lyon devrait ouvrir prochainement un Master II MCCD (Marketing connecté et communication digitale) pour former des cadres à une vision transversale du digital.

CCIFormation Lyon dispense, sur deux jours, la formation Manager la transition digitale de son entreprise.

L’ENE informe et forme les entreprises à la transition numérique.

Des Mooc commencent à être en ligne comme « Two speed IT : how companies can surf the digital wave » proposé par le Boston consulting groupe et CentraleSupélec Paris.



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