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Jean-Dominique Senard : "Performance économique et performance globale sont liées"

le 02 mars 2017 - Jacques DONNAY - Industrie - article lu 31 fois

Jean-Dominique Senard : "Performance économique et performance globale sont liées"
Photo Michelin - Jean-Dominique Senard, Président de Michelin

Invité il y a quelques semaines à plancher sur la performance globale de l'entreprise devant les membres du CESER Auvergne-Rhône-Alpes, le Président du groupe Michelin a présenté une vision du monde dans laquelle performance économique et développement durable sont indissociables.

En quoi la notion de performance globale impacte-t-elle la stratégie de Michelin ?


Michelin est aujourd’hui un leader mondial, qui représente plus de 20 Md€ de chiffre d’affaires. Mais notre environnement change et je n’imagine pas une seconde que l’on puisse séparer la notion de performance économique de la notion de performance globale et durable de l’entreprise. Voilà pourquoi la stratégie du groupe ne peut se comprendre qu’à travers cette notion de performance globale de l’entreprise.

Concrètement qu’est-ce que cela signifie ?


Cela signifie que l’entreprise doit avoir un engagement en faveur du bien-être et du développement de ses employés. Vous allez me rétorquer que « tout le monde dit cela », mais je ne suis pas sûr qu’on le traduise de la même manière. La qualité, la passion de l’innovation, la question du développement des personnes sont au cœur de notre projet d’entreprise depuis l’origine. Tout en découle et nous touchons de près cette notion de performance globale. Rien ne se ferait sans les valeurs que nous portons : respect des clients, des personnes, des actionnaires, de l’environnement…  Il ne s’agit pas pour l’ensemble des équipes de présenter une stratégie qui serait purement financière, une stratégie qui viserait simplement à améliorer constamment les résultats. Promouvoir une grande qualité de vie à travers le développement durable rejoint la raison d’être de Michelin.

Est-ce envisageable à l’échelle de la planète ?


Michelin est une entreprise planétaire, dont l’activité se répartit presque équitablement dans les différentes parties du monde. C’est un équilibre qui n’est pas parfait et nous avons encore du travail pour améliorer cet ensemble. Mais bien que nos racines soient ici, en Europe, et en Amérique du Nord, elles sont en train de croître de manière très sensible dans le reste du monde : en Chine, en Inde, au Brésil… Et partout, nous devons faire face à une concurrence féroce. On croit souvent que les pneumaticiens sont peu nombreux à travers le monde et que les plus grands vivent confortablement, avec des situations relativement indéracinables. La réalité est tout autre. Il y a une nuée de nouveaux acteurs, certes petits, mais très agressifs, notamment en Asie. Pour nous, cependant, cette situation hyper concurrentielle est plutôt une incitation à l’excellence, dans tous les domaines et partout dans le monde.

Y compris dans celui de l’environnement ?


Nous avons retissé le lien récemment avec nos propres sources d’approvisionnement, notamment en ce qui concerne le caoutchouc naturel, qui est l’un des 200 composants des pneumatiques. Nous avons donc décidé, avec le WWF, de prendre en charge une plantation en Indonésie pour protéger cette région de la déforestation. Vous allez me dire : « Est-ce parce que vous êtes favorable à la protection de l’environnement ou est-ce que vous faîtes cela pour présenter de belles images ? » La réponse est très claire. Si j’ai pris la décision de prendre en charge un terrain de 80 000 ha, de replanter 45 000 ha d’hévéas et 40 000 ha d’arbres locaux, c’est précisément pour montrer que nous sommes capables de cultiver l’hévéa de la manière la plus soutenable possible dans la durée, en ayant apporté la preuve que cette culture est essentielle même à la protection de la planète. Car nous n’ignorons pas l’impact de nos activités. Nous avons notamment dans notre gamme un pneumatique qui fait plus de 4 mètres de haut. Il est destiné à des usages professionnels très spécifiques et la production d’un seul de ces pneus nécessite 1 ha d’hévéa par an.

La présence de Michelin dans certains pays où l’entreprise durable n’est guère plus qu’une idée va-t-elle encore se renforcer à l’avenir ?


Bien entendu. Ainsi au Brésil, nous confortons notre présence d’années en années. Nous venons de construire l’une des plus grosses usines du groupe dans la région de Rio. Elle se développe sur 72 ha, dont 50 ha couverts. Notre dernière usine en Inde, dans la région de Chennai, représente aussi un énorme effort financier, mais ces investissements massifs vont nous permettre de disposer des parts de marché que nous méritons dans ces zones, où nous étions trop peu présents dans le passé, alors qu’elles ont connu des croissances considérables. C’est un impératif.

Propos recueillis par Jacques Donnay



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