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Fabrice Paublant « L'avenir se joue avec la médecine personnalisée »

le - - Grand témoin

Fabrice Paublant « L'avenir se joue avec la médecine personnalisée »
© Celine Vauthey

Co-fondateur de deux start-ups, créateur du seul fonds d'investissement dédié exclusivement aux entreprises des sciences de la vie, Health Angels Rhône-Alpes, membre du conseil d'administration du pôle de compétitivité à vocation mondiale Lyonbiopôle, Fabrice Paublant connaît bien ce secteur près du secteur. Le jeune dirigeant se positionne sur l'opérationnel avec la création récente de Cellipse et détecte les équipes à potentiel qui feront les innovations de demain. Pas uniquement simple conseiller, il investit financièrement dans les projets porteur d'avenir et entraine son réseau dans son sillon.

Quel regard portez-vous sur l’écosystème rhônalpin des biotechs et des medtechs ?

Lyon se positionne historiquement sur ces métiers très en pointe de la santé. Nous avons la chance d’avoir de grands noms, comme Sanofi et bioMérieux, et des compétences académiques fortes. Grâce en partie à ces deux éléments, de nombreuses start-ups ont essaimé. Certaines sont devenues des ETI, comme Adocia, Poxel ou encore Erytech Pharma qui, après avoir levé des fonds privés, se sont tournées vers la Bourse pour accélérer leur développement. Ce nouveau visage du secteur à Lyon date d’une dizaine d’années. Lyonbiopôle, pôle de compétitivité, à vocation mondial, mais très local, reflète cet écosystème, avec ses 180 membres, aux deux tiers Lyonnais et un tiers Grenoblois pour réunir grands groupes, chercheurs académiques et start-ups innovantes. La complémentarité des compétences s’est bâtie au fil du temps sur le territoire : Lyon sur l’infectiologie et le diagnostic, Grenoble sur les nanotechnologies, Oyonnax sur les plastiques à très haute valeur ajoutée, Saint-Etienne sur l’orthopédie et les dispositifs médicaux. Toutes les compétences sont réunies pour proposer les innovations de demain. Lyonbiopôle, notamment, assure cette mise en relation pour créer de la richesse.

Le terreau local est-il favorable pour faire grandir les entreprises en Rhône-Alpes ?

Oui. Les start-ups citées ont réellement pu franchir un cap grâce à l’écosystème local. La Bourse reste la voie privilégiée pour toute jeune pousse même si toutes ne peuvent pas y accéder. Ces exemples démontrent la possibilité pour des entreprises créées à Lyon, essaimées d’entreprises locales, de lever des fonds en Bourse et de se déployer. La croissance de ces entreprises entraine avec elle la création d’autres structures, dans les services aux industries pharmaceutiques, par exemple, avec des prestations à très haute valeur ajoutée. Le domaine de la e-santé, un secteur d’avenir, commence à émerger, même s’il reste encore un peu difficile à bien appréhender. Les compétences et les moyens humains existent réellement sur notre territoire, grâce au réseau de recherche académique mais aussi aux talents attirés par les grands groupes. Et les moyens financiers disponibles boostent l’écosystème avec des fonds institutionnels, comme Bpifrance, et de nombreux entrepreneurs locaux très actifs pour soutenir les projets dans les sciences de la vie.

Comment se positionne Rhône-Alpes sur l’échiquier mondial des sciences de la vie ?


Nous l’avons évoqué, la région dispose de pôles d’excellence qui lui confèrent un poids significatif au niveau Européen. Même si elle n’est pas le plus grand pôle, la région compte pour sa richesse et organisation en triptyque efficace sur le territoire, à l’image de celles mises en place au Massachussetts Institut of Technology ou sur le campus de Stanford. Le soutien financier des pouvoirs publics, l’implication des grands groupes et l’ouverture du monde académique favorisent l’essaimage de nouvelles solutions innovantes au bénéfice de tout un territoire.

Pourquoi, en 2012, avez-vous décidé de lancer l’association Health Angels Rhône-Alpes ?


Lorsque nous avons créé les Laboratoires Narval en 2004, avec mes deux associés, Laurent Viviani et Ludovic Baratier, nous avons dû pitcher devant des investisseurs qui ne comprenaient pas les enjeux de notre projet. Nous perdions rapidement les business angels et nous ressortions frustrés de ces entretiens. Les laboratoires Narval ont procédé à deux levées de fonds. Ce fut un vrai parcours du combattant. Quand nous avons revendu l’entreprise à ResMed, pour lui permettre de se déployer, l’idée de créer un fonds dédié au secteur de la santé a émergé. Health Angels Rhône-Alpes compte aujourd’hui 25 membres, des chefs d’entreprise ou des cadres de grands groupes du secteur de la santé, qui s’impliquent financièrement mais aussi avec leur savoir pour accompagner les start-ups au-delà du seul aspect financier. Ils ouvrent leur carnet d’adresses et font part de leur expertise. Les business angels s’impliquent au côté des dirigeants.


Comment vous positionnez-vous sur des projets qui, en général, demandent des temps de développement très longs et des capacités financières très élevées ?


Health Angels Rhône-Alpes (HARA), qui accompagne cinq start-up depuis sa création, a investi quelque 2 M€, avec des tours de table moyens de 300 à 400 000 €. L’association se positionne entre les premiers cents mille euros récoltés pour lancer l’idée et la levée de fonds à plusieurs millions d’euros quand le projet a atteint sa maturité. Nous sommes entre les premiers partenaires institutionnels et le venture capital. Nous n’avons pas vocation à être majoritaires et laissons toute la latitude à l’équipe qui porte la start-up de prendre les décisions. En tant que business angels, nous étudions les projets liés au diagnostic ou aux services, et non les médicaments par exemple qui demandent des sommes importantes, de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros, et des temps de développement très longs. La mise sur le marché d’un médicament peut prendre 15 ans. Alors qu’une solution de diagnostic peu invasive dans les medtechs obtiendra son marquage CE et son autorisation de mise sur le marché entre 18 et 24 mois. Quand aux start-ups axées sur les services, un chiffre d’affaires peut être immédiat.

Comment imaginez-vous l’avenir d’HARA ?

Le comité de sélection étudie 20 à 30 dossiers par an, en choisit 6 à 8 pour une rencontre avec les porteurs de projets en séance plénière et investit dans 1 ou 2. Nous sommes volontairement très sélectifs. Maintenant que le club a acquis sa vitesse de croisière, nous voulons doubler sa taille pour atteindre cinquante business angels. Objectif : disposer de davantage de moyens financiers pour investir dans plus d’entreprises. Nos membres présentent un profil industriel. Nous aimerions attirer d’autres business angels comme des médecins, des praticiens, toujours en activité ou pas. Ils s’intéressent à ces problématiques sur les dispositifs et les services dédiés à l’amélioration de la santé de demain mais ils ne sont pas encore dans une démarche d’investisseurs. Ils nous apporteraient des expertises complémentaires pour étudier de nouveaux dossiers.

Quels sont les grands enjeux de la santé dans les 15-20 prochaines années ?

Un mot clé: la médecine personnalisée, dont on parle d’ailleurs depuis près de 15 ans. La e-santé regroupe les questions liées à la gestion et à l’utilisation des données des patients, la proposition de diagnostics de plus en plus fins, la mise au point de traitements personnalisés avec des thérapies ciblées. Ces thématiques créent des opportunités pour de nouveaux services afin de mieux identifier les pathologies, mieux diagnostiquer, mieux soigner et, enfin, mieux suivre les traitements. L’objectif est de proposer un meilleur accès aux soins pour tous et de responsabiliser l’ensemble des acteurs de la chaine des soins. De nombreuses opportunités existent dans ce domaine.

 

Ces projets intéressent-ils HARA ?


Bien sûr. Nous regardons de près ces sujets. Quelques dossiers nous parviennent. La problématique des dossiers, liés aux nouvelles applications et à la médecine personnalisée, est de bien déterminer le besoin face à ces nouvelles technologies. Car une simple application smartphone ne suffit pas. La solution doit présenter un réel bénéfice pour la santé des patients, le parcours de soin et les praticiens.

Dates clés


1968

Naissance à Paris


1992

Diplômé de l’Essec puis expérience de directeur export pour les laboratoires Ipsen pour développer les pays de l’Est et la Russie


1999

Passage au MIT aux Etats-Unis pour reprendre des études et travailler sur des projets en e-santé. Activités de conseils dans un cabinet américain


2004

Retour à Lyon pour créer les Laboratoires Narval vendus à ResMed en 2010


2012

Création de Health Angels Rhône-Alpes


2013

Création de Cellipse

 


Narval et Cellipse

Fabrice Paublant a co-créé deux start-up dans le secteur des sciences de la vie. Les Laboratoires Narval, implantés à Champagne-au-Mont-d’Or, ont été les premiers à mettre sur le marché une orthèse remboursée par la Sécurité sociale pour soigner l’apnée du sommeil. Lorsque les associés vendent l’entreprise à l’Américain ResMed, elle compte 30 collaborateurs et réalise 2 M€ de chiffre d’affaires. Deux levées de fonds de 500 000 € et 1,5 M€ ont été menées. Les dirigeants ont choisi de vendre pour permettre à leur innovation de prendre son envol sur le marché international.


Cellipse, installée à Grenoble et co-fondée en 2013, développe des molécules ciblant des pathologies cancéreuses, notamment des leucémies. Une levée de fonds de 2,5 à 10 M€ est en préparation pour 2017 afin de faire la preuve du concept avant de lancer les premières études cliniques chez l’homme à l’horizon 2020.

 




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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