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Halte au gaspillage

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Halte au gaspillage
© : DR

Alimentaire et matériel, le gaspillage connaît des records sans précédent alors que, dans le même temps, les situations de pauvreté et de précarité ne cessent d'augmenter. Du jeune citoyen au chef d'entreprise, une prise de conscience s'impose pour freiner la spirale infernale de cette déperdition produite par une société de consommation déraisonnée qui jette égoïstement sans compter

Les données sur le gaspillage alimentaire à l’échelle planétaire sont affolantes. Elles le sont tout autant en France, où près de neuf millions de personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté, alors que chaque Français produit 20 kg de déchets alimentaires chaque année, soit près de 10 millions de tonnes au total. Outre l’énorme impact environnemental, la perte financière évaluée se chiffre entre 12 et 20 Md €.

Nonobstant une information croissante, la prise de conscience de ce fléau reste difficile. Pourtant des  associations, entreprises, collectivités et citoyens mènent, depuis des années, des actions contre ce gâchis que le secteur du commerce et de la distribution peine à encourager. Problème éthique, moral, social, environnemental et économique, le gaspillage alimentaire se situe à tous les étages de la chaine d’approvisionnement et de consommation. Production agricole, transformation industrielle, grande distribution, restauration collective et commerciale, familles : du champ à l’assiette, tous les acteurs de la chaine alimentaire sont concernés car chaque étape est ponctuée de gaspillages et de pertes en tous genres.

Alors que les mesures se multiplient pour tenter de limiter ce phénomène, une loi parue au Journal officiel du 12 février 2016, fixe des priorités afin d’atteindre l’objectif de réduire le gaspillage alimentaire de moitié d’ici à 2025. Les efforts et les réflexes en matière de lutte contre ce gaspillage progressent régulièrement et peut-être plus ouvertement que pour le gaspillage non alimentaire. De plus faible notoriété, ce dernier aligne des chiffres tout aussi alarmants. En effet, chaque année, les entreprises françaises éliminent pour 630 M € de produits neufs, qu’il s’agisse de fins de séries, de queues de promotions ou de changements de packaging. Or ces produits pourraient être recyclés ou surtout donnés. En réalité, les entreprises détruisent cinq fois plus qu’elles ne donnent ou qu’elles stockent, pour un coût non négligeable. La politique RSE des grands groupes, l’engagement des PME et les valeurs portées par les TPE les incitent discrètement à réduire ce gaspillage. Soutenues par l’Agence du don en nature (ADN), qui collecte les produits neufs et les redistribue aux plus démunis par le biais d’associations, les entreprises ont, elles aussi, un grand pas à franchir pour prendre en considération cette gabegie et l’enrayer avec clairvoyance et fermeté.

Le gaspillage et la loi

Une loi, votée à l’unanimité par l’Assemblée  nationale et par le Sénat et adoptée le 12 février 2016, vise à empêcher les grandes surfaces de jeter de la nourriture et de rendre leurs invendus impropres à la consommation.

S’il est désormais interdit aux grandes et moyennes surfaces de plus de 400 m2 de jeter de la nourriture invendue encore consommable, la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire parue au journal officiel du 12 février 2016 fixe les priorités suivantes : prévention du gaspillage, utilisation des invendus propres à la consommation humaine à travers le don ou la transformation, valorisation destinée à l’alimentation animale et utilisation à des fins de compost pour l’agriculture ou la valorisation énergétique. Ces commerces alimentaires ont désormais l’obligation de redistribuer aux associations caritatives leurs denrées encore consommables.

Par ailleurs, la loi prévoit qu’une information sur l’alimentation et la lutte contre le gaspillage alimentaire soit diffusée dans les écoles, dans le cadre du projet éducatif territorial. Depuis septembre 2016, la loi de transition énergétique pour la croissance verte rend obligatoire la mise en œuvre d’actions de réduction des déchets pour les établissements gérés par les collectivités. Ces dernières doivent agir pour limiter le gaspillage alimentaire en restauration collective, un secteur qui représente près de 3 milliards de repas par an en France et 540 000 tonnes de nourriture jetée, soit plus d’un million de repas perdus..

L’Ademe et la Métropole de Lyon soutiennent ces actions qui doivent permettre de diminuer les déchets tout en générant des économies. A titre d’exemple, le conseil départemental de l’Isère a réduit d’un tiers ses pertes et gaspillages alimentaires au sein de 96 collèges. Comment ? En adaptant les repas à l’équilibre nutritionnel et à l’appétit des convives et en calibrant les quantités au plus juste. L’économie réalisée de 1 M € a été réinvestie dans des produits de meilleure qualité. A Feyzin, cinq écoles et un collège ont mis l’accent sur le tri et développé un système de compost permettant de valoriser les déchets de cantine. L’investissement des enfants et la prise en compte du problème par le personnel scolaire ont permis de réduire le gaspillage et d’améliorer la nourriture. Aux côtés de la loi, la pédagogie et le bon sens sont précieux pour acquérir les bonnes pratiques.

Les déchets des uns font le bonheur des autres

La lutte contre le gaspillage s’inscrit dans un principe de respect de l’environnement et d’éco-conception au sein duquel les entreprises ont tout à gagner.

Pour participer activement à la lutte contre l’obsolescence des produits, l’ADEME s’engage auprès des entreprises par des démarches d’écologie industrielle et territoriale. Elle réalise ainsi des études de flux des déchets. « Au sein d’une même zone d’activités, des entreprises produisent des déchets qui pourraient être utiles à des sociétés voisines. Par exemple, l’une va jeter des palettes alors que l’autre en achète. » Florence Barbett, responsable de la communication et de l’économie de la fonctionnalité de l’Ademe Auvergne-Rhône-Alpes est convaincue du potentiel de cette initiative émergente qui doit permettre aux entreprises de faire connaissance et de créer des échanges, notamment d’espaces de stockages.

Au-delà de l’aspect environnemental, une dynamique favorable aux PME et TPE s’instaure. L’accompagnement à l’économie de la fonctionnalité les incite à favoriser la durabilité de leurs marchandises et à expérimenter de nouveaux services comme celui de la location des produits fabriqués. « Les petites entreprises sont parfois plus ouvertes pour tenter de faire évoluer les choses en abordant le concept de l’éco-conception. Mais il reste encore un long chemin à parcourir », souligne Florence Barbett.

Le pôle éco-conception de Saint-Etienne a identifié les situations propices à la réussite d’un projet. Pour 96 % des entreprises ayant participé à l’étude, la démarche d’éco-conception s’est avérée rentable.

Partage contre gaspillage

Pour empêcher les entreprises à jeter leurs invendus, l’Agence du don en nature collecte des produits neufs et les propose aux plus démunis par l’intermédiaire d’associations humanitaires.

En France, chaque année, 630 M € de produits neufs non-alimentaires sont détruits pour une raison d’obsolescence marketing. Un nouvel emballage chasse l’ancien ; une promotion n’a pas fonctionné ; une production a été mal quantifiée, les entreprises de tous secteurs, (hygiène, beauté, petit électroménager, textile, vaisselle, papeterie, mobilier…) se retrouvent avec des stocks sur le dos.

Croisant ce gaspillage non-alimentaire et la précarité croissante, l’Agence du don en nature, créée en 2009, collecte, auprès des entreprises, des produits invendus destinés à être détruits et les redistribue à un réseau de 700 associations caritatives qui aident les plus démunis. « Moins de gaspillage, plus de partage », est  l’adage qui permet ainsi de redonner une seconde vie aux invendus pour en faire profiter ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des produits neufs.

En 2015, 500 000 € de produits ont été redistribués chaque semaine, à 850 000 bénéficiaires. Ce sont 15 000 tonnes de déchets qui ont ainsi été évités grâce aux dons des entreprises mécènes, dons qui sont ensuite mis par l’ADN sur un catalogue en ligne.  Dans la région Rhône-Alpes, les principales entreprises partenaires - Bioderma (produits d’hygiène), LDLC (outils informatiques), groupe SEB (électroménager) et Logoclub (vêtements professionnels)- bénéficient d’un crédit d’impôt et évitent les coûts de stockage ou de destruction. Un gain financier réel mais pas toujours primordial pour certains chefs d’entreprises qui préfèrent donner leurs invendus pour privilégier leurs valeurs.

« Bioderma est une société florissante et pérenne, axée sur des soins de peau qui devraient être accessibles à tous », précise Céline Pillet, gestionnaire supply chain de l’entreprise Bioderma qui organise deux sessions de dons par an à l’ADN. Le système mis en place par l’Agence du don en nature génère également une prise de conscience : « Cela nous incite à moins générer de surstock. Et au-delà des conséquences fiscales, l’impact sociétal et environnemental engendré permet de fédérer les salariés autour d’un projet solidaire », ajoute Emmanuelle Patin, directrice du développement des ressources humaines chez Descours et Cabaud.

Mieux vaut donner que jeter

Pour réduire le gaspillage et éviter la production de déchets, la Métropole de Lyon donne une seconde vie aux objets qui ne sont plus utilisés.

Partenaire actif dans la lutte contre le gaspillage et la production de déchets, la Métropole de Lyon mène des actions permanentes pour valoriser au mieux ces déchets, sous forme de production d’énergie et de recyclage. Elle incite les citoyens à donner plutôt que jeter, favorisant les activités de tri, de réparation et de distribution qui permettent à des associations du réseau d’économie sociale et solidaire de développer des emplois en insertion.

La Métropole a implanté neuf donneries au sein de ses déchèteries, pour récupérer des objets qui ont servi, qui sont encore en état de fonctionnement et qui peuvent donc encore être utilisés par de nouveaux propriétaires. Accessoires de puériculture, ustensiles de cuisine, de bricolage, de jardinage, jouets, vélos, livres, instruments de musique, matériel informatique, objets quotidiens, devenus superflus ou encombrants et qu’il serait regrettable de jeter, peuvent avoir une deuxième vie.  La Métropole de Lyon assure le transfert de leur récupération vers des structures telles qu’Emmaüs, le foyer Notre-Dame-des-Sans-Abris, l’espace Vêtements du Cœur, la P’tite rustine, les Bikers, etc. 

Cette mesure fait partie d’un plan d’action qui vise à réduire de 20 % les apports en incinération pour mieux recycler. « Sur environ 130 000 tonnes de déchets qui transitent par les déchetteries de l’agglomération chaque année, 25 % sont destinés à l’enfouissement. Il s’agit le plus souvent d’encombrants ou d’objets que nous voulons détourner de cette issue pour les valoriser. Les donneries leur sont dédiées. Ils sont stockés durant une journée et sont emportés, par les services de la Métropole, dans un réseau d’associations partenaires qui les répare, leur donne un nouveau look et les revend. C’est gagnant pour tout le monde, y compris pour l’agent d’accueil de la déchetterie », se réjouit Emeline Baume, conseillère municipale de la ville de Lyon.




Agnès GIRAUD-PASSOT
Journaliste

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