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Les fondations, architectes d'une philanthropie de proximité

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Les fondations, architectes d'une philanthropie de proximité
Photo : Michel GODET

Depuis dix ans, les fondations ont doublé leurs effectifs et dans les cinq dernières années, 2 000 fonds de dotation ont vu le jour. Un élan volontaire de solidarité s'ancre progressivement dans le paysage sociétal de notre territoire. Un réel besoin d'encourager des projets et de révéler des valeurs humaines traduit cette générosité. Lors d'un petit-déjeuner débat, le Tout Lyon Affiches a donné la parole à des acteurs locaux responsables de fondations.

Peut-on dire que le XXIe siècle sera celui des fondations et des fonds de dotations ?

Carmen Sanchez, déléguée générale de la Fondation de France Centre-Est : Cette appétence témoigne, en effet, d’un vrai besoin. Un besoin qui a du sens et qui dépend, bien sûr, des parcours de vie des fondateurs. La dernière étude sur la générosité que nous avons menée démontre ce paradoxe entre des besoins plus importants face à la baisse des fonds publics et ces ressources issues du mécénat qui ne se substituent pas à celles du droit commun. Sur des territoires peu dotés en service public, la générosité est plus forte. On note également un engagement et une implication des collaborateurs auprès du chef d’entreprise. Le sujet est fédérateur.

 Sophie Mérigot, déléguée générale de la Fondation Hospices Civils de Lyon (HCL) : Nous sommes dans une quête de sens, au sein d’une société où les repères sont un peu brouillés. La défiance à l’égard des pouvoirs publics et politiques incite aux initiatives privées pour faire face aux besoins de territoires. Une conscience citoyenne est en train d’émerger. Les jeunes générations font preuve d’un altruisme naturel nouveau, d’un besoin d’ouverture sur le monde proche ou lointain. La recherche d’une identité d’entreprise et d’une action de territoire sur un sujet fédérateur trouve son sens.

 Véronique de Montlivault, directrice générale de la Fondation Emergences : La crise de 2008 a fait prendre conscience aux entreprises de leur responsabilité, au-delà de leur activité économique. Confronté à une remise en question de sa vie professionnelle, chacun a ressenti un besoin d’engagement, d’implication. Cependant, je reste dubitative sur le bon fonctionnement des fonds de dotations.

 Pascal Charrière, directeur de l’action coopérative de la Caisse d’Epargne Rhône Alpes : Je confirme que peu de fonds de dotations fonctionnent réellement. Ils sont un bon support de communication mais beaucoup d’entre eux n’ont pas vraiment démarré. Quant aux fondations, elles procurent une certaine fierté d’appartenance aux grandes entreprises. L’innovation sur le mécénat et la philanthropie sont des vecteurs d’avenir.

 Peut-on considérer que la crise économique a eu un impact positif pour les fondations ?

 Pascal Charrière : Plusieurs phénomènes se sont rejoints pour donner cette impulsion aux fondations. La crise économique a généré des besoins. La loi sur la défiscalisation du mécénat a procuré une opportunité fiscale et les mentalités ont évolué. Les gens sont en quête de sens, en écho avec les paroles des jeunes. Par ailleurs, la tradition chrétienne et humaniste bien ancrée dans la région lyonnaise a une certaine influence auprès des chefs d’entreprise. Une partie des besoins sociaux et économiques grandissante est désormais gérée par le mécénat privé, prenant le relais d’un Etat qui finance de moins en moins. On se demande alors s’il faut accepter de remplacer des missions régaliennes ou celles des collectivités territoriales.

 « Les fondations ont un réel effet de levier »

 On sent bien que le désengagement majeur des collectivités oblige les fondations à occuper l’espace libre.

 Jean-Pierre Claveranne, président des Fondations Entrepreneurs de la cité et Bullukian : On doit faire la différence entre deux mondes, la fondation reconnue d’utilité publique, où l’engagement est irrévocable, et la fondation d’entreprise. Encore inconnu il y a dix ans, fondation est un mot qui, aujourd’hui, a du sens. Les donateurs ont envie de contrôler. C’est la raison pour laquelle la fondation Bullukian, qui ne prend pas de frais de gestion, s’engage à répondre à leurs questions et à leurs attentes. Et n’oublions pas que nous sommes un des systèmes fiscaux les plus avantageux au monde. Mais avant tout, il y a vraiment de la générosité. Quant au désengagement des collectivités locales, il est trop important pour être comparé avec l’apport des fondations.

 Agnès Duc Emeriat, responsable du programme mécénat de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne : Nos donateurs sont, pour la majorité, d’anciens élèves de l’école, parfois âgés. Tous veulent prendre le contrôle de leur impôt, veulent savoir où va leur argent. Ils apprécient que nous puissions leur rendre compte de chaque euro dépensé, sans prendre de frais de gestion.

 Carmen Sanchez : Quel que soit son profil, héritier familial, enfant de la République, entrepreneur social, jeune militant, le donateur veut en effet décider de l’affectation de ses ressources. La Fondation de France redistribue, en Rhône-Alpes, chaque année, entre 7,5 M€ et 10 M€. C’est énorme et petit à la fois et c’est surtout un effet de levier et de crédibilité.

 Pascal Charrière : On s’engage désormais sur deux ou trois ans, sur la durée, lorsque le projet le nécessite. Le mode partenarial se généralise. De même, les donateurs cherchent à se rendre utile, à être partie prenante et pas seulement à s’investir financièrement.

 Les fondations sont en train d’inventer de nouveaux modèles sociaux

 Les Anglo-Saxons ont une vraie culture de la fondation et du don. Les atouts du  système fiscal français ne devraient-ils pas contribuer à cet esprit philanthropique ?

 Pascal Charrière : La culture française et notamment lyonnaise, c’est le catholicisme social. La Caisse d’Epargne en est un outil. Elle a été créée à l’initiative des grands patrons qui ont essayé d’accompagner l’industrialisation du pays et l’exode rural en s’occupant de leurs ouvriers. Les fondations sont en train d’inventer de nouveaux modèles sociaux. Des centaines d’initiatives intéressantes et originales sont en train d’émerger. C’est un vrai terreau d’inspiration que l’Etat commence à sentir poindre. Les PTCE (Pôles territoriaux de coopération économique) sont l’expression de ces initiatives qui méritent d’être testées et financées.

Jean-Pierre Claveranne : Le système de fondation holding est en train d’émerger, surtout en Allemagne ou dans les pays nordiques. En France, Pierre Fabre l’a déjà fait.

Carmen Sanchez : L’outil fondation offre une structure. Par ailleurs, le contrat impact social qui existe depuis un an, en provenance d’Angleterre, permet de définir des objectifs de résultats et d’attirer des investisseurs privés. Si les objectifs sont atteints, un bonus de l’Etat est attribué à l’investisseur. Le modèle évolue.

Sophie Mérigot : Il est en mouvement parce que la sphère de l’intérêt général l’est aussi. Les champs évoluent et les fondations se développent sur des sujets extrêmement variés.

Quels sont liens entre les acteurs de la philanthropie de proximité ?

Carmen Sanchez : En tant que fondation abritante et qui redistribue, on est sollicité par des porteurs de projets. Si on n’est pas en capacité d’accompagnement, on renvoie sur d’autres fondations qui ont chacune leur modèle. On est dans la prescription. Il y a un effet réseau de proximité. La Fondation de France a été créée pour développer la philanthropie. Elle veut participer à cet écosystème local, se réunir avec d’autres fondations communes. Les fondations sont des lieux d’échanges.

Agnès Duc Emeriat : Nous sommes sollicités par des fondations abritantes, notamment la FPUL (Fondation pour l’université de Lyon, qui abrite notamment la fondation HCL) et la fondation Telecom, fondation de famille d’école d’ingénieurs. De notre côté, on ne ferme aucune porte.

Véronique de Montlivault : Nous avons des maillages. On peut participer à des comités de sélection, des organes de gouvernance, des financements de projets. Ces espaces de partage sont très importants pour nous. Car c’est très frustrant de ne pas pouvoir apporter de réponse lorsqu’on est sollicité.

Jean-Pierre Claveranne : Il faut travailler ensemble et néanmoins veiller à ne pas se marcher sur les pieds.

Sophie Mérigot : On peut travailler sur les mêmes sujets, mais il faut garder une certaine vigilance. On doit se parler entre nous. Sans rivalité.

 Bientôt une journée des fondations à Lyon ?

 Comment se fait la promotion de ces actions de terrain ?

 Sophie Mérigot : Les fondations ont un enjeu de visibilité très fort.

Jean-Pierre Claveranne : Je pense qu’il nous faut inventer un dispositif local pour nous faire connaître. Pourquoi ne pas organiser la journée des fondations à Lyon ?

Carmen Sanchez : Le projet avait été évoqué avec la ville de Lyon, mais il n’était pas mature. Car il faut que les fondations opératrices et redistributrices s’entendent entre elles.

Véronique de Montlivault : Dans les Hauts-de-France, le centre français des fonds et fondations a organisé une visite de patrimoine permettant de fédérer des acteurs de la philanthropie. L’idée pourrait être reprise en Auvergne-Rhône-Alpes pour illustrer la générosité.

Quel est l’enjeu du recrutement  des bénévoles ?

Jean-Pierre Claveranne : La moyenne d’âge est très élevée ! Il faut disposer de beaucoup de temps pour s’investir.

Carmen Sanchez : On n’accueille pas des bénévoles, on les recrute. Le bénévole doit se sentir impliqué. Avec le recul de la retraite, ils sont de plus en plus âgés. 

Agnès Duc Emeriat : Les enjeux évoluent. Désormais, on va chercher des administrateurs plus jeunes sur les projets qu’ils souhaitent porter et non pas sur le prestige que la fondation adossée à leur école pourrait leur procurer, comme ce fut le cas pendant longtemps.

Véronique de Montlivault : La vie active dure plus longtemps et les retraités sont très occupés. D’autre part, la notion d’efficience et d’engagement est importante.

Soutien aux entreprises

La Fondation Emergences accompagne, par du mécénat de compétence, des porteurs de projets locaux et innovants, créateurs de lien social et d’emploi. Elle regroupe un tiers d’institutions, un tiers d’ETI et un tiers de TPE/PME dont les dirigeants sont des binômes de parrains auprès des porteurs de projets.

La Fondation de France Centre-Est soutient des projets et associations de proximité couvrant tous les champs d’intérêt général. Elle reçoit des dons qu’elle redistribue. Au niveau national, elle est également la fondation abritante de 808 fondations.

La Fondation de la Caisse d’Epargne Rhône Alpes dispose d’un budget annuel de 2,4 M€. Elle s’articule autour de trois axes : social, en venant en aide aux personnes défavorisées ; entrepreneurial, en finançant les structures en faveur de la création d’entreprises, de l’emploi et de l’innovation ; environnemental.

 Des vocations multiples

La Fondation HCL collecte des fonds destinés à financer des projets portés par les équipes médicales. Une des finalités de ses actions porte sur l’humanisation de l’hôpital, avec l’amélioration des conditions d’accueil et de confort des patients et de leurs familles au-delà des traitements médicaux. Elle contribue également à accélérer les projets de recherche et d’innovation.

La Fondation Entrepreneurs de la cité a déjà accompagné 5 000 créations d’entreprises, dont la moitié est portée par des personnes handicapées.

La Fondation Bullukian soutient la recherche médicale, les jeunes artistes et les œuvres sociales arméniennes. Elle mise sur des actions qui sortent des sentiers battus, comme la recherche associant les oligo-éléments et le cancer, en partenariat avec les géologues.

La Fondation 3M, industries minérales, métallurgiques et minières, adossée à l’Ecole des Mines de Saint-Etienne permet de financer les bourses des élèves dans leur mobilité à l’international. Elle soutient aussi les start-ups incubées dans une structure de l’école ainsi que la recherche via des chaires.




Agnès GIRAUD-PASSOT
Journaliste

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