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Parité homme/femme : le difficile équilibre

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Parité homme/femme : le difficile équilibre
© STOCKLIB / Andriy Popov - 95% des présidences de conseils d'administration et de surveillance sont encore occupées par des hommes

Depuis plusieurs années, les lois se multiplient pour imposer la parité homme/femme. Dans les conseils d'administration des entreprises, mais aussi dans la représentation des femmes dans la vie politique, institutionnelle, sociales voire dans les instances sportives. A quelques mois des premières échéances, où en sont les entreprises et les institutions concernées ?

En janvier 2011, la loi Copé-Zimmermann, confirmée par la loi 2014-873 du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes, impose aux conseils d’administration  des entreprises cotées de réformer leur gouvernance. Au premier janvier 2017, la loi fixe un seuil minimal de 40% de femmes ou d’hommes dans leur conseils d’administration et de surveillance. Un principe qui a été étendu aux entreprises de plus de 500 salariés et réalisant un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 50 M€, aux entreprises publiques nationales, aux établissements publics industriels et commerciaux et aux établissements publics mixtes dont le personnel est soumis à des règles de droit privé.

Selon le rapport "parité en entreprise" du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) et le Conseil Supérieur à l’Egalité Professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) rendu public le 10 février 2016 qui fait le bilan de l'application de la loi avant la date fatidique, la part des femmes dans les CA des entreprises du CAC 40 s'élève à 34% en 2015, 32% pour celles du SBF 120. Sur l'ensemble des entreprises cotées, le rapport révèle que ce pourcentage s'élève à 28% de femmes dans les CA.

14,2% de femmes dans les CA des entreprises non cotées

Les chiffres sont moins encourageants pour les 400 entreprises non cotées concernées par la loi. Avec une première estimation à 14,2% de femmes dans leurs conseils, elles semblent être très loin d'atteindre les objectifs fixés par la loi. "Néanmoins, les choses avancent positivement. De plus en plus d'entreprises font appel aux réseaux féminins ou à des entreprises spécialisées pour identifier et recruter des profils spécifiques", tempère Sidonie Mérieux, fondatrice de Her Value, un cabinet lyonnais spécialisé dans le recrutement d'administratrices.

Identifier les candidates

Car si elle est une contrainte au départ, la loi a permis une refonte totale des CA. "C'est l'occasion de repositionner les contours de l'intervention du conseil. Et de chercher les réelles compétences dont l'entreprise a besoin pour se développer", poursuit la dirigeante qui peut chercher des profils variés, allant de la spécialiste des introductions en bourse, des leviers de croissance externe, des ressources humaines, du digital (souvent l'occasion d'introduire des expertes plus jeunes) ou de la finance. Cette redistribution des cartes a également touché les entreprises non soumises aux quotas, à l'exemple d'Adesia, une PME industrielle de Villefranche-sur-Saône d'une cinquantaine de salariés qui vient de se doter d'un comité stratégique mixte. "Je dirai même que 100% des hommes que je côtoie sont contents de cette remise à plat des compétences", confirme-t-elle.

Les entreprises ne sont pas dénuées de volonté. Mais "leur première difficulté reste d'identifier des candidates potentielles", poursuit Sidonie Mérieux.
Moins encline à se mettre en avant, touchée par le syndrome de la compétence ou de la disponibilité, les femmes, cadres supérieures ou cheffe d'entreprise, ont tendance à rester discrètes au quotidien. Une posture qui rend difficile la détection des talents.

Parité obligatoire pour les mandats économiques

Mais les entreprises ne sont pas les seules à avoir des difficultés à trouver des candidates. Les syndicats professionnels ont également besoin de s'enrichir de nouveaux profils, les postes d'élus tombant aussi sous le coup de la loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes. Par conséquent, les prochaines élections consulaires régionales de fin 2016 devront présenter une stricte parité entre les hommes et les femmes (un binôme titulaire et suppléant obligatoirement de sexe opposé). Ce principe égalitaire s'appliquera aussi aux prochaines élections de la Chambre régionale d'agriculture ou d'artisanat.
A la CGPME du Rhône, on travaille pour répondre aux exigences de la loi. "Pour le moment, il nous manque encore une centaine de femmes pour boucler les différents mandats mais nous effectuons un travail de terrain pour repérer les potentiels et les convaincre de s'engager pour un mandat. C'est aussi l'occasion de recruter de nouveaux membres", avance Sandrine Stojanovic, membre du conseil d'administration et présidente du Pôle Femme à la CGPME du Rhône. Des difficultés de recrutement dues, en premier lieu, au profil des adhérentes : 28% des femmes chef d'entreprise détiennent des entreprises de très petites tailles. "Dans ce cadre, il est difficile pour ces femmes de prendre un mandat sans mettre en difficulté leur propre structure. Notre objectif n'est pas de les fragiliser", poursuit-elle.

Convaincre les femmes de s'engager

Le rapport Parité en entreprise souligne la dynamique qui s’est mise en marche en matière de formation et d’identification des femmes grâce au rôle majeur que jouent les réseaux féminins. A Lyon, ils se sont fédérés au sein du Réseau Economique Féminin (REF) depuis 2013. "Nous avons de la chance, Lyon est bien fourni en la matière et les réseaux sont actifs. Il est donc assez facile de repérer les femmes", estime de son côté Nathalie Pradines, trésorière adjointe et vice-présidente de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne, en charge de la CCI de demain et de l'e-CCI.

Néanmoins – et cela reste tout autant valable pour les entreprises - il reste à les convaincre de s'engager "et à faire preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer notre travail d'élue". Au risque de faire peser sur peu de femmes une multitude de mandats. En plus de son mandat à la CCI, l'élue consulaire siège, entre autre, à Forma'sup Ain-Rhône-Loire et à l'IFIR pour travailler en direction des jeunes tandis que Sandrine Stojanovic siège au Ceser, assure un mandat à la Copares, intervient dans le CA de quelques écoles. "Cela peut devenir compliqué en matière d'emploi du temps", souligne cette dernière avec humour.

Impact sur la vie familiale, crainte de perdre l'équilibre vie privée/vie professionnelles, difficultés à se projeter sur ce type de poste, humilité, questionnement sur ses compétences, structure de l'entreprise peu adaptée à une prise de mandat, les freins sont encore nombreux pour les femmes dont les profils séduisent les CA et les institutions. "Nous devons les accompagner pour monter en compétence", estime Sandrine Stojanovic. Elles sont d'ailleurs très réceptives à la formation, l'un des leviers pour les rassurer et les encourager à s'impliquer. "C'est aussi l'occasion pour les institutions de se remettre en question, de bouger les lignes en imaginant de nouvelles pratiques plus adaptées comme des conseils en journée ou une présence virtuelle par vidéo-conférence".

Si tous mettent en lumière des changements positifs impulsés par la loi, le partage du pouvoir reste à conquérir. En 2012, cinq chambres consulaires étaient présidées par une femme. A ce jour, 95% des présidences de conseils d’administration et de surveillance sont occupées par des hommes. Et aucune entreprise du CAC 40 n’est encore dirigée par une femme.

 

A l'école des administratrices


L'EM Lyon propose un programme dédié aux femmes qui veulent s'engager comme administratrice.


Pour permettre aux femmes de se préparer à la gouvernance, l'EM Lyon a lancé un programme de formation spécifique à la fonction d'administratrice. En lien avec l'Institut Français de la gouvernance d'entreprise et son intervenant majeur, Pierre-Yves Gomez, référence en la matière, l'école de management touche une cible variée, originaire de toute la France. "Notre programme s'adresse aux femmes qui exercent des responsabilités de dirigeantes et qui souhaitent se positionner dans une posture d'administratrice. Il s'agit de changer de regard sur ses compétences et de les adapter à cette nouvelle situation", souligne Chantal Petit, co-responsable pédagogique du programme avec Sidonie Mérieux, d'Her Value.

Il a déjà formé une cinquantaine de femme en plusieurs cessions (4 à 5 mois à chaque fois), originaire de toute la France. " Juste après mon intégration à la CCI, j'ai rapidement senti le besoin de me former. Cela m'a aidé à assimiler plus vite ma fonction, d'être plus efficace et d'adopter tout de suite le bon rôle. Je m'en sert encore tous les jours", témoigne Nathalie Pradines, vice-présidente de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne en charge de la CCI de demain. Réservé aux femmes, les responsables de la formation n'excluent pas l'idée de s'ouvrir aux hommes. "Avec l'arrivée des femmes, ils doivent se repositionner. La formation permettrait de revoir leurs modes de fonctionnement", conclut la responsable pédagogique.




Stéphanie BORG
Journaliste

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