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Sens interdits, l'engagement pour bagage

le - - Spectacle vivant

Sens interdits, l'engagement pour bagage
Colin Dunlop - La Mission de Heiner Müller, mise en scène de Matthias Langhoff

Deuxième semaine de festivités pour le festival Sens interdits qui offre encore de sacrées pépites. Pépites qui ont toutes en commun d'être terriblement engagées et de donner à voir un théâtre qui n'hésite pas à gratter où ça fait mal.

Témoin, la pièce de Laila Soliman, Zig Zig, présentée cette semaine au festival d'Automne, qui s'inscrit précisément dans l'actualité, sans même l'avoir fait exprès (la pièce a été crée l'année dernière au Caire), puisqu'il traite, non sans courage, du viol, par le biais de témoignages de femmes égyptiennes violées par les soldats britanniques en 1919 pendant la Révolution égyptienne. En tissant des liens entre ce fait historique et notre époque, où les femmes ont encore beaucoup de mal à faire entendre leurs voix, la metteure en scène égyptienne leur donne la parole et questionne ainsi le passé pour éclairer le présent. Autre spectacle qui intrigue, La Despedida par la compagnie colombienne Mapa Teatro. Ultime volet d'un projet initié en 2010 : Anatomie de la violence en Colombie, La Despedida referme la boucle d'un cycle de guerre civile interminable, entre violence et fiesta.

Décrit comme une « ethno-fiction », mêlant documents réels et inventés, images d'archives vidéos et musique live, ce spectacle créé ces jours-ci au théâtre de Vidy (à Lausanne) interroge l'histoire de ce pays durement marqué par la guerre et la violence. À ne manquer sous aucun prétexte, La Mission de Heiner Müller mise en scène par Matthias Langhoff (s'il-vous-plaît) avec de jeunes comédien.ne.s bolivien.ne.s issu.e.s de l'École nationale de théâtre de Santa Cruz. Une pièce qu'il connaît bien pour l'avoir montée en 1989, dans le cadre du bicentenaire de la Révolution française et qu'il reprend ici avec une liberté toute nouvelle, y adjoignant des textes de Walter Benjamin et des images filmées en Bolivie.

Pour finir, il faut citer le projet de Guillermina Celedon, Trafic, un spectacle monté en complicité avec les Ateliers Frappaz‌ (Villeurbanne) et l'association le Nid, qui cherche à « donner vie à ces êtres oubliés », les prostituées, et s'empare de la rue pour crier son indignation.

G.V.P.

Sens interdits, jusqu'au 29 octobre, www.sensinterdits.org




Gallia VALETTE-PILENKO
Journaliste

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