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«Seulement 15% des mandats dans les institutions économiques sont détenus par les femmes»

le - - Parité femmes-hommes : le difficile équilibre

«Seulement 15% des mandats dans les institutions économiques sont détenus par les femmes»
© : DR - "Il ne s'agit pas d'imposer des femmes partout, mais seulement de leur donner le choix".

Présidente nationale du réseau Femmes Cheffes d'entreprises, Eva Escandon dirige SMSM, une entreprise de chaudronnerie à Dunkerque. Elle est également membre du bureau et déléguée à l'industrie auprès du président de la CCI de Région Nord de France, vice-présidente de la commission Innovation Sociale et Managériale du MEDEF National et Conseillère au CESE dans le groupe des entreprises. Elle fait partie de la section Economie et Finance ainsi que de la délégation aux droits des femmes.

Depuis 1945, beaucoup de chemin a été parcouru pour les femmes en entreprise. Mais quels sont les grands défis pou demain ?


Le réseau a fêté ses 70 ans en 2015, mais nous devons encore nous battre pour des choses qui devraient être évidentes. L’association a été créée pour que les femmes puissent prendre toute leur part dans l’activité économique du pays. Aujourd’hui, on ne compte encore que 30% de femmes cheffes d‘entreprises. Seulement 15% des mandants dans les institutions économiques comme les CCI, les prud’hommes, les Tribunaux de Commerce, les Ceser sont détenus par les femmes. Quand elles sont présentes sur les listes, après les élections ou les installations, on ne les retrouve ni aux présidences, ni à la tête des commissions, ni dans les bureaux exécutifs… C’est un peu désespérant.


Comment expliquer ce retard ? Où se trouve le plafond de verre ?


L’ouverture à de nouveaux profils est difficile. On manque de candidates. Mais tout est culturel, et c’est une question d’éducation. L’école a un rôle très important à jouer. On est encore coincé dans des stéréotypes. On entend «être chef d’entreprise, ce n’est pas pour les femmes, c’est trop difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle…» Au contraire ! D’expérience, je peux dire que c’est beaucoup plus facile de s’organiser comme cheffe d’entreprise que comme salariée, on a bien plus de souplesse.

L'école a un vrai devoir de sensibilisation, et les cheffes d’entreprises, un devoir de modèle. Il faut montrer que c’est possible, que ça marche, et que l’on s’épanouit dans ce qu’on fait. Qu’est ce qui peut empêcher une femme de diriger une boite de chaudronnerie ou de mécanique ? Rien, sinon des préjugés. Du coup, elles se freinent et se privent de beaucoup de secteurs où elles pourraient réussir. Il ne s’agit pas d’imposer des femmes partout, mais seulement de leur donner le choix.


En 2014, 30% des créateurs d'entreprises étaient des femmes. l’Etat a fixé un objectif de 40% pour 2017. Comment pousser davantage de femmes à créer leur entreprise ?


En France, le pourcentage plafonne depuis une dizaine d’années. Nous ne parvenons pas à dépasser le seuil de 30% de femmes cheffes d’entreprises, alors qu’elles approchent les 50% aux Etats-Unis. Peu nombreuses dans l’industrie, le bâtiment ou dans les nouvelles technologies, c’est avant tout dans le tertiaire ou le commerce que les femmes sont présentes. Encore de nos jours, les femmes ont plus de difficultés à obtenir les aides, les financements et la confiance des banques. La mise en place de fonds de garantie à l’initiative des femmes restent plus limités dans notre pays qu’ailleurs. Certaines banques soulignent néanmoins que de nombreux programmes spécifiques sont initiés pour aider au développement de l’entreprenariat féminin et qu’une attention particulière est portée sur leurs dossiers, qui seraient mieux préparés et plus carrés. On peut espérer que les choses avancent rapidement dans le bon sens ! La France veut plus de chefs d’entreprises ? Il y a dans l’entreprenariat féminin un véritable gisement qui ne demande qu’à être exploité. Il faut juste les bons outils.


On est encore loin de la «parité réelle» inscrite dans la loi depuis 2014... Où sont les blocages ?


La parité à 50% a un vrai sens dans nos institutions politiques qui doivent être représentatives de la société civile. Les institutions économiques doivent refléter la réalité du terrain. Ce que j’appelle la parité économique devrait se traduire par 30% de cheffes d’entreprises, 30% de mandats détenus par des femmes. Grace à la loi de 2014, nous allons connaitre cette année les premières élections paritaires du monde économique dans les chambres de commerce. Certains hommes vont devoir laisser leur siège. Il ne s’agit pas de placer des femmes pour placer des femmes, mais de mettre les bonnes personnes, aux bons endroits. Tout le monde y gagnera.

Le réseau Femme Cheffes d'entreprises compte 2000 adhérentes en France et existe dans 70 pays. Il milite pour l'engagement des cheffes d'entreprise en les incitant à prendre des responsabilités et des mandats dans la vie économique. La délégation Lyon-Rhône, dirigée par Marie-Laure Reynaud, compte une centaine d'adhérente. C'est l'une des plus dynamique et importante de France.





Journaliste

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