Fermer la publicité
Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

Grand témoin : Sybille Desclozeaux, « Le CESER est un lieu de construction collective »

le - - Grand témoin

Grand témoin : Sybille Desclozeaux, « Le CESER est un lieu de construction collective »
Céline Vautey - Sybille Desclozeaux, présidente du conseil économique social et environnnemental régional

Première femme élue à la présidence du Conseil Economique Social et Environnemental Régional (CESER) de la Région Rhône-Alpes, cette ancienne avocate fêtera l'année prochaine son vingtième anniversaire à la direction d'une entreprise de fabrication de machines spéciales d'assemblage à très hautes cadences de la Drôme. Un parcours atypique et unique, qu'elle met désormais au service d'un CESER élargi à l'Auvergne.

Vous avez pris la présidence du CESER de la Région Rhône-Alpes depuis trois ans, mais cela fait maintenant près de 10 ans que vous en êtes membre. Qu’est-ce qui vous a amenée à siéger dans cette assemblée régionale ?

Je suis membre du CESER au titre de la Métallurgie. Pour répondre à votre question, je crois que c’est mon goût pour le dialogue social, et mon engagement et mes responsabilités au sein de l’UIMM qui m’ont poussée dans cette aventure. Sans doute est-ce aussi une réminiscence de ma première vie professionnelle, puisque j’ai été avocat au Barreau d’Evry, puis au barreau de Tarascon. Toutefois, pour être totalement franche, je dois avouer que je ne connaissais pas le CESER avant d’y siéger au titre de la Métallurgie et que je ne savais pas quel était son rôle. Je constate d’ailleurs que trop peu de gens savent à quoi il sert. Pour ma part, au fil du temps j’ai développé une véritable passion pour cette institution, lieu d’intelligence collective au service de la région.

Justement quel est le rôle exact du CESER ?

Le CESER a pour mission d’informer le conseil régional sur les enjeux et les conséquences économiques, sociaux et environnementaux des politiques régionales. Il peut être saisi par le président du Conseil régional sur des sujets bien précis, mais il a également une capacité d’auto-saisine, qui représente d’ailleurs une part importante de notre activité. Le CESER est là pour éclairer, anticiper, impulser, influencer en s’adressant à la Région, aux décideurs politiques et au-delà. Le CESER a également une mission supplémentaire qui lui est dévolue par la loi, celle de contribuer à l’évaluation des politiques publiques régionales.
Les CESER doivent être les pivots de la démocratie régionale. Il a souvent été question, au cours de ces dernières années, de supprimer les CESER parce qu’ils coûteraient cher. Ce serait à mon sens une énorme erreur. Nous entendons d’ailleurs renforcer la visibilité et conforter la notoriété de notre assemblée à l’avenir. Cela fait partie des enjeux de demain

Les CESER régionaux sont-ils placés sous l’autorité du CESER national ?

Non, les CESER ne sont pas la déclinaison régionale du CESE. Nous sommes totalement indépendants et autonomes. Nous avons un ancrage territorial fortement marqué. Un positionnement de proximité qui nous permet d’être en capacité de répondre face à certains sujets. Ceci étant, Patrick Bernasconi, le président actuel du CESE, souhaite voir comment nous pouvons travailler ensemble, afin de conforter l’utilité des CESER, de les rendre plus visibles, percutants, sans créer de tutelle pour autant. La réflexion est en cours.

La création de la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est accompagnée de celle d’un CESER fédérant également les deux anciennes entités régionales. Cela a-t-il impliqué des modifications en profondeur pour l’une et l’autre des deux anciennes assemblées ?

Nous sommes actuellement dans une période transitoire, puisque la fusion s’est faite par addition des CESER Rhône-Alpes et Auvergne. Le CESER Auvergne-Rhône-Alpes compte aujourd’hui 197 conseillers, dont environ 30 % de femmes. En 2018, les CESER seront recomposés. Sur le territoire de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes nous serons 190 à cette date. Je précise que j’avais milité pour une plus forte réduction des effectifs. En revanche, il n’est pas question de toucher à la diversité du CESER, car c’est ce qui fait sa richesse. Ce n’est pas pour autant le lieu du dialogue social, mais c’est un endroit où l’on sait s’écouter et se parler, sans tensions inutiles. Un lieu de construction collective en quelque sorte, pour faire entendre la voix de la société civile organisée sur les politiques régionales et les grands enjeux d’avenir pour le territoire.

Concrètement comment s’organise cette quête d’une construction collective ?

Tout est partagé et discuté, mais nous faisons très attention de rester lisibles, percutants et efficients. Il n’est pas question de tomber dans un consensus mou. Nos travaux s’organisent au travers de onze commissions thématiques, qui réunissent une quarantaine de membres chacune, et d’une section prospective que nous avons créée en 2007. Cette dernière est composée de conseillers du CESER et de personnalités extérieures. Ces commissions sont en quelque sorte le « cœur du réacteur » de notre CESER. Elles se réunissent une fois par mois, autour d’un président de commission élu en début de mandature, qui anime les travaux. Dans un premier temps, nous procédons à des auditions, puis vient un temps d’analyse, de construction et d’identification des enjeux et, enfin, un temps de préconisation. En moyenne, sur une année, nous produisons une trentaine de rapports. En 2015 nous avons notamment travaillé sur un sujet d’actualité, que le nouveau président de la Région a décidé de placer au premier plan : « l’usine du futur » L’industrie pèse d’un poids important dans notre région et je pense que notre projet sera fortement partagé.

Les préconisations du CESER sont-elles entendues ?

Entendues : oui ; reprises : cela dépend. Certaines de nos propositions sont en effet adoptées. Nous avons notamment joué un rôle moteur à l’occasion des états généraux de l’industrie. Cependant, il n’est pas toujours facile de bien identifier ce qui est repris ou pas, car il faut parfois un peu de temps pour que nos messages soient bien appropriés par l’ensemble des acteurs. Mais cette question est importante et c’est pour cela que nous avons mis en place une commission spécifiquement chargée de l’évaluation et du suivi de nos propres travaux. C’est d’ailleurs un point sur lequel l’Auvergne était en avance.

Cette démarche a-t-elle impactée par la création de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Dans l’ensemble, je crois que nous avons bien anticipé la fusion avec le CESER Auvergne et nous sommes d’ores et déjà en ordre de marche, ce qui n’est pas forcément le cas partout. Il faut bien comprendre que les fonctionnements, les cultures et les modes de gouvernance sont différents d’un CESER à l’autre. En Auvergne-Rhône-Alpes, il a fallu que l’on s’accorde sur un mode de gouvernance. En Rhône-Alpes, nous avions opté pour une gouvernance ouverte et très collégiale. Les modalités d’organisation étaient en revanche différentes en Auvergne. Ensemble, nous avons donc élaboré un règlement intérieur pour notre assemblée et défini des modes de fonctionnement adaptés pour ce grand CESER.

Sur quels points précis ont porté vos efforts pour obtenir rapidement un CESER Auvergne-Rhône-Alpes opérationnel ?

Notre premier objectif était la bonne intégration de tous les conseillers. Les faits démontrent aujourd’hui que nous avons atteint notre objectif. Lors de notre dernière assemblée plénière, j’ai en effet proposé un bilan des 6 premiers mois. Et le constat est clair : les frontières d’appartenance se sont rapidement estompées et nous sommes parvenus à une bonne cohésion des uns et des autres. A l’instar de ce que nous constatons sur le terrain, où Auvergne et Rhône-Alpes s’enrichissent mutuellement, il y a réellement une plus value pour l’institution.

La fusion est donc réussie et le CESER Auvergne-Rhône-Alpes a trouvé son rythme de croisière ?

Oui et non : comme je vous l’ai indiqué précédemment, nous sommes dans une période transitoire courte de deux ans. Nous avons le souci de notre efficacité. Notre bureau comprend 48 personnes : 30 issues de Rhône-Alpes et 18 de l’ancienne région Auvergne. J’ai plaidé pour que nous revenions à une taille plus raisonnable du bureau à l’issue de la première année. Début 2017 nous devrions donc disposer d’un bureau totalisant 30 membres. Par ailleurs, nous avons déjà adopté une nouvelle ligne directrice pour cette mandature, en positionnant nos travaux beaucoup plus en amont des décisions structurantes.

Avec cette fusion, il semble que certains acteurs économiques auvergnats craignent des velléités hégémoniques des Rhônalpins. Qu’en pensez-vous ?

Les craintes existent, en effet, mais elles ne sont pas fondées. Il y a plus, me semble-t-il, beaucoup plus de convergences que de divergences entre Auvergne et Rhône-Alpes. Du point de vue industriel, par exemple, l’Auvergne n’a rien à envier à Rhône-Alpes, avec des acteurs de premier plan et des savoir-faire reconnus. Il en va de même au niveau du tourisme, de l’agriculture. J’ai le sentiment qu’il y a une grande complémentarité. Notre région reste à taille humaine et elle a du sens. Contrairement à d’autres, elle est cohérente. Par ailleurs, elle s’inscrit au cœur des axes Nord – Sud et Est – Ouest. C’est une vraie chance.

Est-elle pour autant visible à l’échelon européen ?

Je pense que oui. Le nom Auvergne-Rhône-Alpes parle à nos partenaires étrangers. La montagne, le Rhône, la Saône, la chaîne des volcans… sont des marqueurs forts et connus. C’est à nous maintenant de profiter de ce nouvel outil pour nous tourner vers l’avenir en utilisant ce qu’il y a de meilleur au niveau des deux territoires.

Puisque l’on parle d’avenir, quel regard jetez-vous sur l’économie française et sur le contexte auquel doivent faire face les entreprises régionales, non seulement en tant que présidente du CESER, mais aussi en tant que dirigeante d’une PMI ?

Le Brexit nous a placés dans une situation de forte rupture. Est-ce une catastrophe ? Je n’en sais rien. Mais dans une situation comme celle-là, il faut savoir trouver des opportunités. Le départ des Anglais nous fournit peut être l’occasion de donner encore plus de force à l’Europe, d’aller vers une harmonisation sociale et fiscale… C’est en tout cas l’idée qui doit prévaloir, plutôt que de pointer les risques, les périls et d’entretenir les peurs…

Le représentant de la société civile

Le CESER est organisé autour de 3 principaux collèges, d’un effectif de 63 conseillers chacun :
Collège 1 : les représentants du monde économique, des représentants des entreprises et des activités professionnelles non salariés.
Collège 2 : les organisations syndicales de salariés.
Collège 3 : les associations et organismes qui participent à la vie collective de la région, et les associations et fondations agissant dans le domaine de la protection de l’environnement
Le 4e collège comprend 8 personnes qualifiées qui sont désignées par le Préfet de Région




Jacques DONNAY
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Tout Lyon Journal d'annonces légales et d'informations économiques pour le département du Rhône

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide