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Une petite « Pompéi viennoise » découverte à Sainte-Colombe

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Une petite « Pompéi viennoise » découverte à Sainte-Colombe
X.A. - Vue de l'ensemble du site (5 500 m2 fouillés)

C'est l'une des fouilles archéologiques les plus imposantes actuellement menées en France. Plus pour ses résultats surprenants que son étendue : 5 500 m2 tout de même… Depuis avril, Archeodunum à qui a été confié le marché mène ce chantier rue des Petits Jardins à Sainte-Colombe où un projet immobilier est en cours.

 

Elle fait 16 m2, date du IIe siècle ap J.-C. et a été baptisée classiquement à partir de son thème : l'enlèvement de Thalie, muse de la comédie par le divin Pan. Une mosaïque trouvée au sein d'une riche demeure de la Vienne antique ? Oui, rien d'extraordinaire. Sauf que celle-ci présente un état de conservation époustouflant. Ainsi qu'un thème, une technique de réalisation et des couleurs, tous les trois très inhabituels. « Le style invite à penser que le propriétaire de la demeure ayant commandé cette œuvre comme pavement des son cubiculum (bureau, Ndlr) est un très riche marchand originaire d'Orient », explique Benjamin Clément, directeur des fouilles pour la société privée Archeodunum, agréée par le ministère de la Culture.

Sa vaste demeure, dite « Maison de Thalie et Pan », en plus de toute la panoplie conforme à une domus de haut niveau, comptait aussi une pièce d'apparat au sol et murs marbrés (dont les matières premières viennent de tout l'Empire romain) aux motifs peu communs. Une réalisation rare prouvant un peu plus la puissance financière du propriétaire.

Des éléments essentiels qui ne sont pas les seuls à avoir surpris : déjà parce que globalement, la conservation des vestiges mis au jour sur cette parcelle est étonnante. Ensuite parce que la stratigraphie - environ 3 m de profondeur pour l'instant - a permis de déceler une occupation précoce et inattendue des lieux : dès la fin de la République romaine même si les éléments de cette époque restent à préciser.

En revanche certain : une centaine d'années plus tard, au Ier siècle ap J.-C., le site voit la création d'une place commerciale de 2 500 m2, sans doute destinée aux marchand itinérants. Elle est dotée d'un bassin d'agrément et est entourée d'un puissant portique derrière lequel se trouvait une série de boutiques artisanales et commerciales permanentes. Un entrepôt complète cette partie du site.

A l'ouest, ce dernier comptait des immeubles consacrés à des boutiques au rez-de-chaussée sans doute aussi au logement d'habitants de condition modeste aux étages. Au nord-ouest, enfin, s'élevait une autre vaste et très riche demeure, elle aussi dotée d'une décoration de qualité dont des mosaïques. Elle fut transformée plus tard en sanctuaire. Car les lieux furent détruits par un incendie lors de la première moitié du IIe siècle. « De quoi préserver les sols du rez-de-chaussée et des étages effondrés, ainsi que le mobilier abandonné en place transformant ce secteur en une véritable petite « Pompéi viennoise », précise Archéodonum.

 

La schola de Vienne retrouvée ?

 

Toujours au IIe siècle suivant, c'est l'ensemble du site fouillé qui est d'ailleurs réaménagé. Il compte alors la première domus que nous évoquions, un temple au nord, peut-être consacré au culte impériale ou au dieu Mercure, divinité associée au commerce. Temple qui n'est hélas pas très bien conservé. On compte aussi de nouveaux immeubles et enfin une nouvelle gigantesque place à l'est, plus grande que la précédente puisqu'elle s'étendait au-delà du site fouillé, jusqu'au Rhône sur 7 000 m2.

Cette place était agrémentée d'une fontaine monumentale et entourée de plusieurs basiliques imposantes (jusqu'à 70 m de long sur 30 m de large) dont la fonction reste à préciser. L'intuition de Benjamin Clément ? « Ce complexe a peut-être accueilli la schola (sorte d'université philosophique et/ou de réthorique) de la Vienne antique évoquée par les sources écrites mais jamais retrouvée.»

Les fouilles ont aussi révélé la suite de l'occupation. Par exemple, celle du IVe siècle. Avec les premières invasions subies par l'Empire au IIIe siècle, la richesse du quartier décline : le complexe monumental est abandonné et des bâtiments sont finalement reconvertis en greniers. Ceux-ci pourraient rattachés à un édifice plus vaste, hors de la parcelle fouillée : l'un des premiers monastères chrétiens de la cité viennoise ?

Plus anecdotique mais aussi plus émouvant, le 28 juillet dernier, le squelette d'une adolescente datant de cette époque, peut-être décédée de mort violente a été retrouvé dans ce secteur dans une cave qui n'avait rien d'un lieu de sépulture. Comme cachée. Pour finir, une nécropole du haut Moyen Âge (autour du VIIe siècle plus précisément) comprenant une quarantaine de sépultures constitue la dernière trace d'occupation du site.

Si une urbanisation gallo-romaine de cette zone de Sainte-Colombe, bordée à l'ouest par la voie romaine, dite Narbonnaise, une véritable « A 7 antique », ne faisait aucun doute, les sondages préventifs menés en 2006 sur ce terrain par l'Inrap, l'Institut national de recherches archéologiques préventives (la mairie de Sainte-Colombe ayant eu un temps un projet sur cette zone), ne laissaient pas augurer des résultats d'une telle ampleur. De quoi enrichir un peu plus la valeur du patrimoine local.

La mosaïque de Thalie et Pan, déposée en 13 fragments par l'atelier spécialisé du musée départemental gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal/Vienne le 31 juillet fera, elle, probablement l'objet d'une restauration. Avant une toute aussi probable exposition. Un processus qui devrait prendre plusieurs années. Si les financements sont là…

Une fouille prolongée de 6 mois

 

Le fait est rare. Lancée début avril 2017 et à l'origine prévue pour durer 6 mois, la fouille va être prolongée jusqu'au 15 décembre 2017 au regard de la qualité inattendue des vestiges donnant lieu à la reconnaissance du site en « découverte exceptionnelle » par le ministère de la Culture. Sur cette parcelle, la SCI le Parc aux Colombes va créer un ensemble de logements et commerces avec des parkings enterrés. Elle pourra d'ailleurs débuter son chantier dès septembre prochain, sur une partie du site dont les fouilles seront alors déjà achevées.

Suite aux prescriptions archéologiques du service régional de l'Archéologie (Direction régionale des affaires culturelles, Drac Auvergne-Rhône-Alpes), comme la loi l'exige, l'aménageur a dû lancer un appel d'offres pour retenir une entreprise effectuant les fouilles. C'est la société privée Archeodunum – le service public qu'est l'Inrap pouvant dans ce cadre être mis en concurrence avec le privé - qui été retenue pour effectuer les fouilles sous le contrôle de le Drac. Si la SCI le Parc aux colombes devait à l'origine payer 100 % des fouilles (soit 600 000 €), leur prolongement qui porte leur coût à 1,2 M€ sera pris en charge à 50 % par l'Etat. Archeodunum (environ 50 salariés) qui travaille sur toute la France et compte une antenne en Rhône-Alpes a affecté une quinzaine de personnes sur ce chantier.




Fabien RIVIER
Journaliste

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