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"War Requiem" à l'Opéra de Lyon : Sobre, sombre et beau !

le 10 octobre 2017 - Eric SEVEYRAT - Spectacle vivant

"War Requiem" à l'Opéra de Lyon : Sobre, sombre et beau !
©Stofleth

Le metteur en scène Yoshi Oida ne croit pas à la paix : "C'est un rêve". Pour lui War Requiem de Benjamin Britten pose une question : "Comment vivre non pas malgré la guerre, mais avec elle ". Le spectacle commandé par l'opéra de Lyon révèle sa beauté dans la noirceur pessimiste.

Quel grand cinéaste du 20 è siècle a dit au sujet d'un grand poète ? "Quelqu'un qui a écrit : "Quelle connerie la guerre" ne m'intéresse pas !" (réponse : Maurice Pialat sur Jacques Prévert). Avec le sujet de War Requiem, des producteurs de comédies musicales auraient rempli des stades dans le registre : "La guerre c'est pas bien, tuer des gens c'est mal!". Mais on est à l'opéra, et Yoshi Oida déclenche une belle émotion esthétique avec une mise en scène sobre et efficace de ce chef d'oeuvre de l'Anglais Britten. Trois personnages font le spectacle : les choeurs, les chanteurs et l'orchestre (nouveau chef : Daniele Rustioni).

Le premier, les choeurs de l'Opéra de Lyon, font vibrer la salle autant par le regard que par le son, comme s'ils étaient tout un peuple en colère. Femmes et hommes, quatre-vingts voix sur scène (sopranos, altos, barytons basses) tantôt tonitruantes, tantôt dans la douceur. Au fil du spectacle les choeurs, au fond de la scène au début, se rapprochent, pour finir par envelopper le centre du plateau et les chanteurs. La scène du dépôt des drapeaux sur le cercueil est proprement bouleversante.

Paul Groves (ténor) et Ekaterina Scherbachenko (soprano)

A plusieurs reprises, les choeurs laissent place aux voix d'enfants de la maîtrise, sans costume d'époque, vêtus de leurs vêtements d'enfants de 2017, contrastant avec les choeurs costumés années quarante, tout comme les soldats (le ténor Paul Grove, et le baryton Lauri Vasar) et la soprano Ekaterina Scherbaschenko.

Un décalage visuel pour rappeler, s'il en était besoin, que la guerre, c'était avant, oui, mais c'est maintenant aussi ! Et remontent en nous les images d'enfants victimes en 2017 en Syrie ou ailleurs. Yoshi Oida, comme tous les Japonais de sa génération sont habités par Hiroshima et Nagasaki, et le spectre de la destruction totale des hommes par les hommes. Ce qui conforte l'injonction "Tout faire pour éviter la guerre", qui n'est pas une évidence pour nombre des puissants du monde actuel.

L'utilisation des images vidéo de conflits armés passés et actuels en fond de scène reste subtile, et révèle une beauté dans la noiceur. De même que la mise à distance du sacrifice d'Abraham et de la liturgie chrétienne, fil rouge de l'oeuvre de Britten.

http://www.opera-lyon.com/spectacle/war-requiem-Jusqu'au 20 octobre.

Yoshi Oida et Benjamin Britten

Le War Requiem résulte d'une commande passée à Benjamin Britten (1913-76) en 1961 pour pour célébrer la nouvelle cathédrale de Coventry, qui avait été détruite en 1940 par un bombardement allemand. Les textes en latin sont issus de la liturgie chrétienne, associés aux poèmes de l'Anglais Wilfred Owen, mort dans les derniers jours de la Première Guerre. Objecteur de conscience pendant la Seconde guerre mondiale, Benjamin Britten, pour son Requiem, a réuni trois solistes issus de nations ennemies. Yoshi Oida (84 ans) vit et travaille en France depuis 1968. Il est un fin connaisseur de Britten, dont il a mis en scène Peter Grimes, Mort à Venise, Curlew River. Acteur chez Peter Brook dès la première heure, il a pu aussi bien jouer dans un film de Scorcese (Silence) que chez Peter Grenaway ou Gérard Krawzyck (Taxi 2, Wasabi). C'est le directeur de l'Opéra national de Lyon, Serge Dorny, qui a eu l'idée de commander un nouvelle version de cette oeuvre et qui a réuni le plateau.





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